100% des perdants ont aussi tenté leur chance
La Française des jeux, sublissime vitrine étincelante de l'impôt volontaire où sur l'autel païen de l'espoir du gain, des centaines de milliers de rêveurs cochent des cases numérotées et grattent des rectangles gris argentés avec au cœur l'improbable souhait de toucher des sommes faramineuses et mirobolantes qu'on lui a fait miroiter dans des spots publicitaires de qualité...
Il n'existe pas je crois (mais je me trompe peut-être) de joueur type du loto. De prime abord, on pourrait penser que ce sont les personnes aux revenus les plus faibles qui s'adonnent à ce vice générateur de faux-espoir, mais il n'en est rien. J'ai vu des personnes notoirement aisées (c'est l'avantage des petites villes, on y croise moins d'inconnus) acheter du Morpion, du Banco et autres bricoles à gratter, tout en devisant sur le montant de la prochaine cagnotte Euromillions de vendredi avec son voisin. On en vient du coup à réfléchir et se poser des questions profondes de type sujet de Bac : quel que soit son degré d'enrichissement, pourquoi l'homme est-il en perpétuelle recherche de plus ?
Tout cet argent dépensé dans le temple de l'état qui quête ! Pourquoi ?
L'homme se nourrit-il d'espoir et d'illusions pour pimenter la supposée fadeur de son existence, et si oui, combien cela représente-t-il de calories ?
Note bien, je ne porte pas de jugement de valeur, chacun fait ce qu'il veut avec ses sous ; en revanche, le fait que l'état soit le seul et unique dealer de cette came est assez étrange ; d'une part qu'il y ait une situation de monopole sur le sujet est anormal, mais que ce monopole soit celui de l'état, qui plus est sur un commerce reconnu addictif et potentiellement générateur d'endettement, me laisse coi. C'est idiot mais je considère l'état comme une sorte d'entité tenue d'ubiquiter l'accès aux soins, à la justice, responsable de l'équité sociale, du droit et gardienne des valeurs ; d'où ma déception (relative, n'exagérons rien) lorsqu'il se comporte en gérant de casino. Un gérant de casino qui de surcroît interdit formellement toute forme de pari chez lui, en dehors de ceux sur les bourrins ou les matchs de foot qu'il a également sous sa coupe. Un peu comme le narcotrafiquant qui va te dire : « Que je te prenne à acheter de la drogue sur mes terres et je t'apprends à nager avec des pompes en ciment. La drogue, c'est pas bon, ça rend accroc et on s'endette ! En revanche si tu en veux de la bonne, viens me voir. »
Ce qui est d'ailleurs amusant, c'est que sans chercher longtemps sur internet, j'ai trouvé ceci :
D'une part, le surendettement est étroitement lié au contexte économique et social de la France, qui se caractérise par une plus grande précarité de l'emploi et un éclatement de la cellule familiale. Ainsi, le dépôt en forte hausse des dossiers dits "à dominante sociale", c'est-à-dire dans lesquels le surendettement résulte davantage d'une insuffisance structurelle de ressources pour faire face aux dépenses de la vie courante que d'un excès d'endettement bancaire, est très souvent le fait de chômeurs ou de personnes divorcées (ou en état de divorce). Le développement du surendettement par les jeux d'argent obéit également à cette logique : incapables de desserrer leurs contraintes budgétaires, sans perspective d'amélioration rapide de leur situation économique, certains ménages se laissent tenter par le jeu, ultime espoir de voir leurs problèmes résolus en un seul instant.
Et tu sais où j'ai trouvé ce ruisseau qui alimente mon moulin ? Ben juste sur le site du Sénat...
Pour en venir aux raisons qui font que, moi, à titre personnel, c'est un "non" ferme ; je vois dans l'acte de l'achat d'un billet de loterie (à gratter, à tirer, à se mettre où vous voulez...) l'envie désespérée d'améliorer sa vie par l'artifice du pognon en masse, ce qui à mon sens à une saveur d'échec, d'inaccomplissement personnel, de ratage et que je refuse de donner ce goût là à mon existence. Est-ce une forme de prétention ? Oui sans doute. J'ai la prétention d'arriver à vivre décemment et élever mes enfants dans un juste milieu situé entre frugalité et opulence, sans avoir à solliciter le concours de Melle Chance (cette salope qui m'a toujours laissé tomber, enfant, lors de mes interminables parties de Monopoly).
Folzebuth
