De l'avis sur le métier d'autrui
Déjà étudiant ou presque, j'avais été recruté dans un fast-food pour y gagner ma pitance, payer mes charges et financer en partie l'achat d'une moto. Le boulot n'est pas plus gratifiant que cela, en sortant le soir tu sens la frite et le gras, mais il rapporte un peu d'argent, c'est l'essentiel.
Une chose est sûre, c'est que j'ai eu droit à mon lot de commentaires indirects plus ou moins dédaigneux sur mon travail, car de part chez nous, si une enseigne comme celle du clown fait énormément de chiffre d'affaires, il demeure de bon ton d'en maudire l'existence dans notre terroir, tant le fer de lance des obèses impérialistes US est supposé faire tâche (de gras ?) dans notre nation de bonne chère et de vins fins.
J'ai été ensuite appelé sous les drapeaux, car faisant partie d'une génération ne pouvant s'y soustraire. Prenant la décision d'épouser la chose plutôt que d'y aller à reculons, j'incorporais le corps de la gendarmerie pour 10 mois, envisageant même un temps d'y faire carrière (idée que j'abandonnais plus tard pour des raisons que j'évoquerai peut-être un jour). Et ainsi pendant quelques mois ai-je pu découvrir ce métier et en pratiquer certains aspects ; et même en ayant abandonné l'idée d'y rester, je restai convaincu que l'expérience était enrichissante, ce qui est essentiel.
Une chose est sûre, c'est que j'ai eu droit à mon lot de commentaires indirects plus ou moins dédaigneux sur mon travail, car en France, si on devait classer les métiers par cote de popularité, le haut du classement serait occupé par le footballeur, l'acteur et le gynécologue obstétricien, le bas du tableau étant réservé au guichetier de la poste, au contrôleur du fisc, et à l'agent de la force publique.
« Oui je sais j'ai l'air un peu con... non mais l'uniforme y est pour beaucoup », disait une de mes idoles, ce qui illustre assez bien mon propos.
Plus tard, j'ai été embauché dans une agence de télémarketing où j'ai passé plusieurs années, passant d'un poste à un autre, gravissant les échelons et capitalisant un certain savoir faire qui aujourd'hui me sert encore. Le salaire était maigrelet mais l'acquisition de compétences réelle, et sur le moment, je me disais que c'était l'essentiel.
Une chose est sûre, c'est que j'ai eu droit à mon lot de commentaires indirects plus ou moins dédaigneux sur mon travail, car le télémarketing, ça n'a pas tellement bonne presse. Combien de personne ai-je écouté se vanter, hilares, qu'ils détestaient être démarchés à domicile par téléphone, et qu'ils n'hésitaient pas à raccrocher directement au nez de l'interlocuteur à peine présenté... élégant... Le faire n'est déjà pas très classe, je trouve ; m'en faire part tout en connaissant ma profession du moment est, reconnaissons le, assez indélicat.
Aujourd'hui, je bosse dans une entreprise de construction de maisons individuelles. J'ai pas mal de responsabilité, un salaire convenable et je m'enrichis (au sens culturel et professionnel) chaque jours au contact de corps de métiers divers et variés, en faisant profiter à mes interlocuteurs de mes compétences acquises et de mes ressources, un échange de bons procédés en somme avec en prime un bonne ambiance sur le lieu de travail, ce qui, au risque de me répéter, est essentiel.
Une chose est sûre, c'est que j'ai eu droit à mon lot de commentaires indirects plus ou moins dédaigneux sur mon travail, car, et c'est une découverte de ma part, l'univers du bâtiment se scinde en 2 catégories distinctes : celle noble, artisanale et digne d'admiration de la maison dite d'architecte, et celle industrielle, impersonnelle et sans goût du constructeur. Je n'y suis pas depuis longtemps et j'ai déjà 3 remarques acides stockées dans mon calepin à vacheries (métaphore), faites par des personnes de mon entourage qui-ne-pensaient-pas-à-mal.
« Maisons Merlin, cages à lapin » disait aussi mon idole quand j'y repense, ce qui résume assez bien une pensée collective et répandue.
Alors bon,
Arrivé à ce stade, je me pose sur mon derrière et je cogite
Tous les métiers sont-ils logés à la même enseigne ou ai-je le chic pour choisir ceux disposant d'une faible cote d'amour ?
- Est-ce moi qui suis névrosé et susceptible au point de mémoriser de façon compulsive chaque remarque négative faite à l'encontre de mon métier de l'instant ?
- Qu'en est-il de vous amis lecteurs ? Votre profession jouit-elle du regard bienveillant et approbateur de la foule anonyme ? Si oui, de quel métier s'agit-il saperlipopette ?
- Si je dois me reconvertir une fois encore, quel carrière parmi la sélection ci-dessous me conseilleriez-vous d'embrasser dans les 10 prochaines années ?
Fourreur
Chercheur chez Monsanto
Agent d'Amy Winehouse
Critique ciné aux Inrocks
Témoin de Jéhovah
Radar automatique
Folzebuth
...et dire que j'ai failli être banquier (authentique) !