Du bidou la galante rit
La galanterie est l’ensemble des attitudes qu’un homme peut avoir à l’encontre d’une femme dans l’objet bien entendu dissimulé de s’entretenir sexuellement avec elle à court ou moyen terme.
Et ne commence pas à nier du chef sur un air de « Mais qu’est-ce qu’il raconte ! », c’est agaçant.
Né aux alentours de jadis et ayant cours encore de nos jours, la galanterie rassemble en son sein divers gestes précieux et précis tels que le baisemain, la cession de sa place assise en transport en commun, la priorité de passage dans l’encadrement d’une porte, la prise en charge des frais de restauration et de loisirs lors d’une soirée ou encore – et c’est le plus courant – l’absence de questions sur l’âge et le poids de son interlocutrice (important pour la suite).
Mais n’en doute pas, derrière chacun de ces gestes prétendument attentionnés de l’homme envers la femme se cache une vérité absolue pouvant se traduire par la pensée suivante : « Si après ça on baise pas ! ».
C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai arrêté la galanterie il y a fort longtemps.
Je me rappelle de mes années de collège ou je me distinguais de mes camarades masculins par une obséquiosité maladive à l’égard des jeunes filles de ma classe, tenant la porte à leur passage régulièrement, proposant de porter le cartable et offrant sur mes deniers personnels des verres de Tang goût orange (Tang : poison en poudre édulcoré E 110 à diluer dans de l’eau pour obtenir un ersatz de jus de fruit produit chimique, commercialisé dans les années 80, en distributeur dans tous les bons collèges).
Las, j’oubliais également que ce qui me distinguais de mes copains, au-delà de ma prévenance et de mon aptitude à tenir une porte ouverte, était aussi une certaine mochitude du faciès au crédit de laquelle je dois un certains nombres d’échecs sentimentaux dramatiques, également appelés râteaux (j’en ai une collection tout à fait respectable, c’est pratique en automne pour ramasser les feuilles). Ajoute à cela un physique nabot, malingre avec un charisme de poignée de porte, et tu comprendras dès lors que toute la galanterie du monde n’aurait su m’attirer les bonnes grâces de la gente féminine de ma génération (il en va de même pour le sens de l’humour – j’ai souvent entendu « femme qui rit, à moitié dans son lit », je réponds belle connerie – mais c’est un autre sujet).
Alors pourquoi s’emmerder ?
Cette analyse mes années lycée furent dès lors placées sous le signe de la muflerie adolescente ordinaire prétextée par le fait que, faute de gagner quoi que ce soit à se comporter en gentleman, une absente d’attitude galante ne devrait en rien impacter ma moisson d’outils de jardinage. Et dans l’ensemble il faut bien reconnaître que cette nouvelle ligne de conduite ne pénalisa ni n’améliora mon rendement, la seule demoiselle cédant sous mes avances le fit en boîte de nuit après avoir absorbé 6 vodka/orange qu’elle s’empressa d’aller régurgiter aux waters après m’avoir embrassé. L’histoire ne dit d’ailleurs pas si ce renvoi fut provoqué par l’excès d’alcool, ou le dégrisement instantané provoqué par une soudaine prise en compte de sa situation linguale rotative en ma compagnie.
Il faut bien admettre que, le fait que j’eusse pu tenir la porte d’entrée du night-club lors de notre arrivée n’eut que très peu d’incidence dans le déroulement de cet épisode dont le côté sordide ne t’aura sans doute pas échappé ; avec 3 grammes de gnole dans chaque manches, la demoiselle en question aurait tout aussi bien pu rouler une pelle à un tabouret de bar, fut-il galant ou non.
Pourquoi je te parle de ceci ami lecteur… ?
Parce que le côté unidirectionnel de la galanterie m’a sauté à la tronche il y a peu de temps, et que si un homme ne peut pas aujourd’hui se déclarer ouvertement non galant sans passer pour un mufle ou un macho, il en est tout autre en sens inverse puisque d’égards et de tact l’homme peut ne pas faire l’objet dans la bouche d’une (jeune en l’occurrence) interlocutrice, car comme tout le monde le sait, l’homme n’est pas susceptible, il n’a que peu d’ego, il ne fait pas grand cas de ce que la femme évoque sur son aspect physique et il aime le bricolage.
A l’origine de cette découverte qui n’a rien à envier à la découverte de l’eau sur Mars, une répartie qui me fut adressée (avant même un « Bonjour » de rigueur) il y a quelques semaines, alors que le climat se prêtait encore au port de T-shirt et bermuda.
« Tu accouches quand ? »
Voilà pour la réplique qui me fut adressée, je te laisse 30 seconde pour en rire et apprécier à sa juste valeur ce trait d’esprit de haut vol soulignant sans équivoque que le trentenaire non-sportif que je suis affiche une couche de génoise légèrement proéminente sur la sangle abdominale pouvant à contre-jour me confondre de manière cocasse avec une future parturiente, et je reprends.
La remarque ne se voulait pas méchante ; je connais suffisamment la demoiselle qui en est à l’origine pour en être convaincu.
Pour autant, imagine maintenant la situation inverse…
N’importe quel type rencontrant une de ses connaissances féminines et attaquant tout de go d’un « Ben tu en mets un de ces culs ! Avec de telles fesses tu dois acheter tes culottes au poids ! Tu payes 2 places dans le train ? », passera au mieux pour un goujat, au pire pour un sale con, et ce ne sera pas complètement immérité.
Voilà pourquoi aujourd’hui je conchie la galanterie, cette vieille tradition issue de l’aristocratie et datant d’une sombre époque où les femmes n’étaient pas libérées, cet usage convenu qui forçait un peu les hommes à un devoir de respect et de savoir-vivre à l’égard de femmes sans droits et accablées de devoirs. Le sens unique de ce comportement avait alors un sens ; aujourd’hui, mon cul !
Quand d’être galant tu n’as rien ramassé de ta pré-adolescence en terme de conquêtes, et qu’adulte tu fasses les frais de l’absence de galanterie d’une bougresse à ton endroit, celle-ci n’y étant nullement tenu conventionnellement, ben tu te dis comme moi que, la galanterie, c’est tout pourri.
Folzebuth, apostat gougnafier spéciste et je le rappelle, masculiniste. ![]()
PS : Si j’aide une inconnue à porter sa valise trop lourde, ce n’est pas par galanterie, c’est par gentillesse et sympathie… nuance.