De la nécessité (et des us agés)

Publié le par Folzebuth



P’pa, c’est quoi un usager ?

Tu veux quoi comme réponse ma chérie ?
Celle du dictionnaire, ou celle de Papa ?

Celle du dictionnaire.

Mauvais choix, mais d’accord : C’est une personne qui utilise un service (fréquemment un service public), qui emprunte habituellement un domaine, un lieu public.

Il faut payer ?

La plupart du temps oui. On parle d’usagers pour la Poste, les transports en commun comme le bus, le métro, le train… qui sont tous des services payants.

C’est comme un client en fait ? On paye et on obtient quelque chose en retour.

Ah non, ça n’a rien à voir.

Pourquoi ?

Ben tu le saurais si tu avais demandé la définition de Papa, pardi !

Allez ! S’il te plaît !

Bon d’accord.
Tout est une question de nécessité.
Un client dans un magasin, c’est une nécessité, pour le magasin. Pas de client, plus de magasin.
Un salarié assidu et impliqué, c’est une nécessité, pour le magasin et pour le salarié. Un salarié tire-au-flanc et retardataire prend le risque de perdre son travail
Avoir un bus pour se rendre à son lieu de travail, c’est aussi une nécessité, mais pas pour le chauffeur, pour l’usager.
Avoir un service permettant d’acheminer le courrier est une nécessité universelle, pour celui qui a écrit la lettre, et celui qui va la lire, les usagers ; pas pour celui qui la transporte.

Donc, qu’est-ce que tu constates ?

Il y a inversion du rapport de nécessité.

Tu es brillante ma fille.
En effet, le lien unissant le vendeur à son client est inversé par rapport au lien qu’il y a entre l’employé de service public et l’usager.

Tu as un exemple à me donner ?

Tu est déjà venu avec moi ou maman acheter du pain dans une boulangerie ?

Oui

Ne réponds pas à cette question, c’est purement rhétorique ; je sais très bien que tu es déjà venu avec nous chercher le pain, petite tartelette.
Je disais donc, à propos du pain ; as-tu déjà vu la boulangère nous dire :
« Non, aujourd’hui pas de pain pour vous. Nous sommes en grève par solidarité avec le Bannette de la rue Jaurès qui s’est fait agresser hier soir. »

Heu… non.

Précisément. As-tu déjà vu l’employé du magasin de vêtements nous dire :
« Je ne vous vends pas ce pantalon ; je suis en grève car je ne m’estime pas assez payé »

Non plus.

C’est parce qu’en face d’eux, il y a des clients, pas des usagers. Vendre du  pain ou un pantalon est pour eux une nécessité. Tu comprends ?

C’est encore un peu nébuleux et abscons pour être franche.

Tu en as du vocabulaire pour une gamine de 6 ans. Bon, je développe.
En France et ailleurs, une expression populaire dit : le client est Roi. L’expression est certes sans aucune mesure, outrancière et lapidaire, mais elle se veut l’expression d’une idée assez répandue dans le milieu du commerce qui "dit" que tout doit être fait – dans les limites du raisonnable et du moralement acceptable – pour satisfaire sa clientèle, afin, d’une part, de la fidéliser, mais également de s’assurer qu’elle propagera une valeur positive de l’établissement où tu travailles.
C’est un traitement dont l’usager ne peut en aucune manière bénéficier, dans la mesure où il n’y a pas la moindre nécessité qu’une pleine et entière satisfaction lui soit donnée, ni qu’une image positive soit par lui colportée ; si le service ne lui convient pas, faute de concurrence, il lui reste à se débrouiller par ses propres moyens.

La nécessité.

Pour résumer, l’employé de la Poste sait qu’il aura toujours du pain le midi, la boulanger n’a lui aucune certitude d’avoir toujours son courrier en temps et en heure.

En clair ?

Le client, on lui flatte l’échine, l’usager, on lui pète sous le nez. C’est plus clair ?

Et ben voilà ! Merci Papa.

Avec plaisir ma chérie.

 

 

 

 

 

 

Publié dans Constat dépité

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Stabbquadd 25/10/2009 23:57


Erreur : le client on lui fait caca dessus aussi. Il suffit judste de se mettre d'accord avec les concurrents pour qu'ils le fassent tous, et, soudain, le client devient un usager, sauf qu'en plus
le service qu'il paye n'offre aucune garantie d'aucune sorte, ce que le service public tente de prodiguer un minimum.

Bref, quoi qu'il en soit, de toutes façons celui qui a besoin de quelque chose ferait mieux de se le faire lui-même, parce que sinon, il peut être certain que ce sera mal fait,  même en payant
le prix fort...


Folzebuth 26/10/2009 10:15



"le client on lui fait caca dessus aussi", voilà qui est
parfaitement raccord avec le titre imagé de ce blog.






Noum 25/10/2009 10:59


y'a du vrai ..mais pas que :
exemple, mon dernier passage dans un magasin de vêtements de mon bled ou je suis donc entrée en tant que cliente....
j'y avait déjà prit un t-shirt et je le trouvait chouette alors avait décidé de reprendre le même mais d'une autre couleur.
Il y'a 3 vendeuse pour le magasin et nous sommes deux clientes...deux vendeuse sont occupées , elles parlent d'une personne sans doute très vile eu égard au ton et aux termes employés mais je n'en
saurais pas plus car mon t-shirt est de l'autre coté...
La troisième fait des allers retour entre les travées en faisant la gueule , si çà se trouve les deux autres parlent d'elle...comme tout cela est excitant n'est-il pas?
Après une vaine recherche de 3/4 d'heure , ne voyant toujours rien venir soeur Anne , je me dirige vers les deux comploteuses et leur demande si elles ont toujours le modèle que je cherche..Bon je
sans bien que je les dérange mais en même temps me dis je elles sont un peu là pour çà nan?
L'air ennuyé l'une des pipelettes s'adresse à soeur sourire qui continue rageusement de parcourir les rayons dans tous les sens mais lentement "La dame cherche ce t-shirt ..je l'avait sur moi ..on
en a encore ? "
L'autre me regarde et soupir ..."je les ai mis en réserve ceux-là..." moi , pleine d'espoir je me dis "cool il en reste! "
l'autre ne fait pas mine de bouger , elle a même interrompu c'est allés retours pour l'occase...elle re soupir ... "pfffff c'est quelle taille ? "
là je commence à me rendre compte que je la dérange un peu quand même ...
"ben taille 2"...
"Mouais je sais pas si y'en a encore en taille 2....et puis bon c'est dans la réserve ....et dans la réserve c'est le bordel alors ...."
C'est là que je lui ai dit de laisser tomber et que je me suis cassée...pour ne plus jamais y foutre les pieds.
Et ce genre de trucs m'arrive tout le temps (y'a pas longtemps me suis fait traitée de menteuse dans mon hyper marché j'ai adoré) et pas forcément dans les services publics...
Moi je vois que je galère pour trouver du taf et que ce genre de boulets en a, sans rien foutre même pas le minimum  (comme sourire )et ça ouais ça me fous bien les boules quand je dois
accepter ses humiliations de plus en plus fréquentes....
Je crois que la connerie humaine  ne tient pas compte du secteur et que usagers= client= patients = pigeons- de nos jour .
Mais bon ça doit être le changement d'heure qui me tape sur le système :-)


Folzebuth 26/10/2009 10:09



Mon raisonnement est en effet purement théorique, et souffre de la multitude de contre-exemples
faisant exception à la règle, tant il est vrai que des employés je-m'en-foutistes sont légions, et qu'il arrive de trouver des employés administratifs polis, souriants et performants. C'est le
mot "usager" qui me pose un réel problème.


Quant à ce magasin que tu évoques, personnellement, j'écrirais (et tu as une belle plume) au patron
pour lui faire part de mon avis mitigé sur l'implication professionnelle de son personnel, il n'est peut-être pas au jus.