Petit lexique de l’'insulte bien sentie

Publié le par Folzebuth

Les temps changent, les mœurs aussi pas mal.
Si la mode des maillots de bain a considérablement évolué au cours de ces 30 dernières années, comme le design de nos voitures et fort heureusement nos coiffures, si le look des animatrices de télévision est passé de vieille fille prude à cochonne lubrique (voir article antérieur) il est navrant de constater que dans le domaine de l’insulte, nous faisons montre d’un manque cruel d’imagination créatrice et que notre capacité à changer de registre semble nulle, car comme inexplicablement figée dans le marbre.
Attaquons de suite sans plus d’explication (sinon ma femme va encore me dire que je fais des préambules à n’en plus finir…).


« Con » et ses déclinaisons par exemple ; « connard, connasse, gros con, petit con » (lequel d’ailleurs de ces 2 l’est le plus ? le gros ou le petit ? ou est-ce seulement rattaché à l’âge et au morphotype de la cible ? Mystère).
Je ne pense pas apprendre quoi que ce soit à qui que ce soit en rappelant que le con, désigne initialement le sexe féminin. Pourquoi le sexe de la femme, dans tout ce qu’il a de plus fécond et de plus ludique se voit-il, encore en 2007, rabaissé si bas qu’il fasse encore office d’insulte offensante ?

Si l’on demeure dans le registre des morceaux de viande, j’ai les mêmes remarques à l’encontre de « bite ». Se faire traiter de bite… franchement…
Le sexe de l’homme est un des organes les plus nobles qui soient et un des rares à être multifonctions dans l’organisme (va demander au cœur de faire autre chose que pomper bêtement, ou à l’estomac de brasser méthodiquement…).
La bite, mes biens chers frères, sert à la miction, et debout qui plus est, elle sert au coït, sert à montrer que l’on désire ardemment le coït, sert à jouer tout seul quand on s’est vu refuser un coït, permet de faire l’horloge solaire sur une plage naturiste, permet de s’amuser à "Missile Sol-Air Hermes" quand on a 10 ans (ou dix ans d’âge mental…), permet à certains maigrelets de compenser avantageusement une plastique d’informaticien dans certains vestiaires…
Alors au nom de quoi continue-t-on à balancer du « Quelle bite celui-là ! », je vous le demande…
C’est d’autant plus étonnant que, pour souligner un moment agréable, on dit que « c’est le pied »… Ahurissant. L’association agréable-pied m’échappe complètement. Personnellement, quand j’enlève mes pompes le soir pour dévoiler mes pieds, le moment n’est agréable pour personne… garanti.

Il est bien entendu évident que ce chapitre sur les parties du corps revêtant un caractère injurieux ne saurait se conclure sans un détour par le « trou du cul » (élégant). C’est à la limite le plus compréhensible des jurons attachés à une partie du corps, de part la tâche sinistre incombant à cet anneau musculeux à contraction volontaire (du moins normalement). L’action de déféquer étant grotesque et sale dans l’opinion collective, la merde restant de la merde et compte tenu de sa position de portier, c’est en toute logique donc que l’anus, alias trou du cul, s’est vu inexorablement affublé de la cape de l’insulte implacable.
Et pourtant, l’action de faire caca n’est-elle pas la plus naturelle qui soit ?
Et le suppo’ ? Tu devrais le mâcher ton suppositoire si tu n’avais de trou du cul pour le faire à ta place… alors respecte-le !
Et je connais pas mal d’homo-mecs qui sont ravi d’en être équipé, d’un trou-d’uc, et qui ont une considération toute ludique à son égard, et non injurieuse de facto.

Laissons donc les bites, cons et autres trous vaquer à leurs nobles besognes, et traitons-nous d’autre chose, s’il vous plaît !

PD, Pédale, Tapette, Tarlouze, Tafiole : insultes essentiellement employées par la caste masculine, vers un membre également de la même caste, afin de lui signifier tout le mépris qu’il a de lui en l’assimilant – que ce soit vrai ou non d’ailleurs – à un groupe ethno-sexuel qu’il considère comme risible dans le meilleur des cas, voire honteux ou pire, contre-nature et dégoûtant (il est d’ailleurs intéressant de constater que dans l’immense majorité des cas, l’homme trouve l’homosexualité féminine fort distrayante, et l’homosexualité masculine fort répugnante, j’en veux pour preuve que dans toute production pornographique qui se respecte destinée à un marché hétéro, on voit systématiquement 2 (ou plus) gourmandes se grignoter la craquette épilée (Mme la riche veuve héritière et sa domestique pas trop farouche), alors qu’on y verra jamais 2 éphèbes s’enculer sans vergogne (hop là…).
Nota : Rare, mais ce type d’insulte peut être entendu dans la bouche de certaines femmes qui boivent de la bière au litre, pètent à table, aiment l’ultimate fighting et les semi-remorques.

Enculé, sodomite : variante sur le thème précédent, où ici l’interjection se fait moins généraliste et beaucoup plus descriptive, le vif du sujet étant évoqué sans équivoque aucune. Notez qu’il s’agit encore une fois de la description pure et factuelle d’un comportement sur lequel s’appose l’opprobre et la disgrâce, au goût de celui qui l’emploi du moins.

Pute : la pute est à l’insulte féminine ce que le PD est à l’insulte masculine ; le dénigrement total de la condition et des mœurs d’une personne en se servant du qualificatif, ou d’une version argot de celui-ci, à des fins insultantes. Les prostituées existent, bien contre leur gré sans doute pour la plupart, depuis des siècles, dans tous les pays de tous les continents ; c’est comme il est coutume de l’appeler le plus vieux métier du monde, consistant à donner avec son corps du plaisir de chair moyennant finance. Le plus fascinant étant que, génération après génération, d’un pays à l’autre, d’une religion à l’autre, pas une nation ne fait exception dans le mépris qu’il est d’usage d’avoir à l’égard de ces personnes. On les tolère plus ou moins selon les régions du monde, mais l’insulte est tout aussi efficace, où que l’on soit.
Une remarque tiens : quand on dit de quelqu’un que c’est un dictateur, c’est pour désigner la plupart du temps un excès d’autoritarisme de la part de celui qui est visé. L’agression n’est pas bien virulente et cache parfois de l’amusement – l’intéressé peut même en être flatté. Traiter de pute en revanche n’offre que très peu de chance de recevoir un accueil enthousiaste, même avec une personne large d’esprit et peu susceptible. Et à bien y regarder, on est tout de même en droit de se demander, du dictateur ou de la pute, lequel des 2 cause le plus de tort à ses concitoyens… j’ai personnellement un avis sur cette question.

Fils de pute, bâtard : ici c’est intéressant, l’agresseur verbal s’en prend à la lignée de l’objet de son courroux, soit en qualifiant sa mère de praticienne sus-développée, soit en qualifiant d’illégitime l’union des parents dont il est le fruit.
Je ne vais pas disserter derechef sur « pute » dont « Fils de… » n’est qu’une déclinaison, mais intéressons-nous un instant à ce batârd…
C’est intéressant de constater que de nos jours, une multitude de gamins en survêt’ issus de banlieues passablement défavorisées, n’ayant que très peu de choses à foutre de la religion (je vous renvoie à la désertification des mosquées, temples et églises de toutes confessions) comme ils se foutent du supposé caractère sacré de la fidélité conjugale, dans une société où pratiquement 1 enfant sur 2 né hors mariage, se jettent aux museaux du « bâtard » à longueur de journée, qui je le rappelle, est une insulte d’un autre temps que les moins de 20 40 ans ne connaissent certainement pas, insulte visant à conspuer les enfants né en dehors d’un mariage en bonne et due forme.
Quitte à utiliser un critère désuet et archéologique de dépréciation et moquerie, pourquoi ne pas remonter encore plus loin dans le temps et se traiter de vilaine sorcière, hérétique, ou mieux encore, de sale rouquin ?

Salope : Je ne vais pas vous donner la définition de ce vilain mot (on l’a entendu dans la bouche de politiques dernièrement, le mot n’en sort pas grandit, je vous le dis)… simplement je le trouve tristement commun et surtout, d’une bêtise sans fond puisque que ne servant qu’à tâcher sans réelle signification. Comme l’ont très bien souligné "Les Inconnus" dans un sketch assez drôle, la salope est aussi bien une jeune femme qui accepte les pires outrages le premier soir d’une sortie, que celle qui s’y refuse… le terme est donc atterrant de part le vide de sens qu’est le sien.
Né, je l’imagine, d’un raccourci de l’insulte Marie-Salope désignant une femme négligée, malpropre et débauchée, cette signification a complètement disparu pour aujourd’hui ne plus servir qu’à désigner une femme dans la bouche des mufles.



Bon, après vous avoir sermonné sur les insultes qu’il serait de bon ton d’oublier, voici ce que je vous propose comme jurons « génériques » (même goût, même effet thérapeutique, mais pas la même marque) :

Jean-foutre : un peu vieilli mais ne demandant qu’à revenir au goût du jour, le jean-foutre se présente comme quelqu’un d’incapable, indigne ou moralement condamnable, donc tout à fait approprié à l’univers télévisuel (pour le côté indigne), ou au relationnel hiérarchique en entreprise (pour le côté incapable). Peut aussi être habilement remplacé par le « Foutriquet », également suranné mais tout aussi efficace.

Paltoquet : un de mes favoris, familier du lectorat des aventures de journalistes belges à houppette, le paltoquet est un peu vieilli, mais ne demande qu’à revenir au goût du jour.
Sa signification est double, ce qui peut le rendre deux fois plus efficace. Une définition originelle le qualifie d’homme malappris et grossier ; la définition contemporaine traite plus d’une personne insignifiante et prétentieuse.

Pisse-froid : un peu vieilli mais ne demandant qu’à revenir au goût du jour, le pisse-froid est un homme froid, morose et dépourvu d’humour. Vous conviendrez donc que ce ne sont pas les occasions du quotidien qui manquent pour faire un usage avisé de telle pique, notamment à l’égard de la hiérarchie ecclésiastique et des militants MPF.

Grosse merde : une de mes favorites, intemporelle et toujours efficace. Nul risque de blesser qui que ce soit – en dehors de la cible cela va sans dire – car une merde est et restera toujours une merde. C’est du déchet, ça sent mauvais, c’est disgracieux et ne plaît qu’aux mouches (qui ne sont pas susceptibles et ne voient d’outrage majeur à ce que leur dîner quotidien fasse l’objet d’insultes copieuses).
Un exemple pour étayer : « M. Di Canio, vous êtes une grosse merde ». Avec le vouvoiement, c’est la classe, enfin je trouve.

Tchouck-tchouk-nougat : Made in Capitaine Haddock. Je ne sais pas trop à vrai dire ce qui se cache derrière ce cri de colère du marin barbu, mais l’expression me fait hurler de rire. A essayer lors de votre prochaine dispute avec un tiers… pour voir.

Faquin : un peu vieilli mais ne demandant qu’à revenir au goût du jour, le faquin est un homme méprisable, vaniteux, malhonnête et sot. Devant telle définition, convenons que le « faquin » peut aisément convenir à de nombreux responsables politiques, syndicaux, ainsi que plusieurs animateurs/producteurs de télévision.

Galapiat : désigne surtout un individu jeune de type vaurien. Cette insulte n’est pas très virulente et peut facilement être employée dans le registre affectueux. Important : Ne convient pas vraiment pour conspuer des militants néonazi à une sauterie FN.
Bien qu’un peu vieillie, elle ne demande néanmoins qu’à revenir au goût du jour.


Alors de grâce, laissons là les « Va te faire enculer gros PD », ce qui, au-delà d’être redondant comme envolée syntaxique, continue d’assimiler l’homosexualité à une tare, sans nécessairement vexer son destinataire puisque cela faisait peut-être partie de ses plans pour la soirée…
En revanche, pourquoi ne pas employer : « Foutre du diable Monsieur, vous n’êtes qu’un paltoquet doublé d’un galapiat morveux… Tchouck-tchouck-nougat !!! »



D’autant qu’il suffirait de peu de choses pour que les habitudes changent. Regarde ; il a suffit d’une demi-vie de carrière sur scène à un génie comme Coluche pour faire de l’insulte « enfoiré » un terme quasi-amical. Initialement signifiant imbécile ou bon à rien, l’expression aujourd’hui rime aujourd’hui avec vieille canaille ou coquin malin, sans parler de l’association d’idées positives se faisant nécessairement avec les restos…

Folzebuth
 

Publié dans N'importe quoi !

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Folzebuth 02/05/2008 10:18

Nous voici 8 jours après votre demande, et ma question qui lui fit suite demeure sans réponse.Votre silence témoigne du sérieux et du crédit que vous accordez à vos propres élucubrations.Je ne perdrai donc pas plus de temps à vous répondre.Veuillez agréer l'expression de mon mépris le plus authentique. 

HOMOPHOBIE 23/04/2008 18:43

JE VOUS INVITE A SUPPRIMER LES PROPOS DISCRIMINANTS ET HOMOPHOBES DE VOTRE BLOG, selon la loi 33 du 30 décembre 2004

Folzebuth 23/04/2008 19:33


Pourriez-vous s'il vous plaît m'indiquer quel passage de l'article suscite une telle remarque.
Etant résolument non homophobe, je suis assez intrigué de faire l'objet de tels propos accusateurs.
Pouvez-vous par ailleurs me communiquer une adresse mail que nous puissions discuter de la chose autrement que par "commentaire" interposé. Voici la mienne : folzebuth@free.fr
Je suis parfaitement disposé à inciser une partie du texte si celle-ci s'avère réellement offensante, dans le cadre de ce que la loi prévoit (je regrette simplement que la loi soit brandie en
étendard avant même qu'un droit de réponse ne soit accordé).
 


San Defez 08/07/2007 20:03

Yop Yop,
Tu dis que tu n'apprends rien à personne en explicitant que "con" est originaire de la zone pubiène  féminine, eux perso, j'en savais rien... Et je peux te garantir que depuis 19 ans maintenant que j'utilise ce mot (et oui dès deux ans mes frères m'enseignaient les pires mots du dico) jamais au grand jamais je n'ais pensé à une fouffe...
Faut que je songe a le sortir de mon vocabulaire, et puis il me faut de la place pour le vocabulaire espagnol, mon Disque Dur commence à être plain...
Bisous