Viol marketing

Publié le par Folzebuth

"On est contre le viol des femmes et des enfants en Afrique !"

Ainsi fus-je interpellé au sortir d’une grande surface par un de mes contemporains
ressemblant à s’y méprendre à Serge Betsen, affublé d’un porte-pétition, avec dans le regard une fausse intensité dramatique teintée d’agressivité impérieuse servant à stopper net le citoyen dans la quête pour rejoindre son véhicule.

Intéressant comme accroche, car difficilement contournable ; on imagine avec peine un cuistre de la pire espèce rétorquer : « Ah ben si si, moi le viol je suis pour ! Ça me calme les nerfs. », ou encore : « Il n’y a pas de violeur en Afrique, seulement des femmes qui changent d’avis ! », ou un dernier : « Pour résoudre le problème des viols en Afrique, il faudrait sectionner la bite des noirs… ». Monstrueux. Pascal-Sevrantesque.

Or donc je m’arrête pour accorder à ce gentil prophète de parking quelques minutes de mon temps et mon regard se porte immédiatement sur la feuille que tient mon interlocuteur zélé, pour constater que se succède sur des lignes multiples, noms, prénoms, griffonnage illisibles de signatures non identifiables, et en dernière colonne une case avec 20, 30 voire 40€ indiqués, ce qui doit vraisemblablement servir à aiguiller le gogo en puissance que je deviens sur la voie du montant raisonnable à léguer à cet instant pour, je vous le rappelle, stopper le problème du viol en Afrique (où d’ailleurs en Afrique ? le mystère reste entier…).

Ainsi suis-je confronté alors à un choix amer, devant décider si oui ou non je ferais l’obole à ce messie anti vilenie sexuelle pour un montant en euros multiple de 10, sans aucune garantie que les fonds soient reversés aux victimes de rapports forcés mais en ayant eu le privilège d’apposer ma signature sur un bout de papier, ou laisserais-je la plus retorse partie de mon esprit veule donner libre court à sa suspicion malsaine, faisant ainsi fi de la cause ?
Tout est une question de méthode, et celle consistant à me rançonner sous les yeux de ma fille, au nom d’une lutte contre un mal indéfendable, au sortir d’un temple de la surconsommation prolétarienne, avec dans le regard une once de nervosité implicative et une pointe de culpabilisation, n’est pas pour me plaire.

Voilà donc pourquoi fus-je dans l’obligation de signifier mon refus d’adhésion à la cause du viol en Afrique d’un morne : « heu, non… j’ai pas de sous », ce qui se trouvait être une vérité de l’instant, toute ma monnaie étant passé dans un paquet de chewing-gum « Kids » au goût ignoble pour ma fille, et des coussinets d’allaitements pour ma douce…

Je vais encore avoir du mal à m’endormir…  merde.

Folzebuth

Publié dans Constat dépité

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