Bandes blanches et bête noire

Publié le par Folzebuth

    Encore un sujet qui me consume de l’intérieur, certainement un des plus dantesques, que je rumine depuis des années. Mes doigt frétillent de tension tant la haine débordante sur le propos que je m’apprête à relater est formidable (dans le sens le plus littéral du mot).

Il est une catégorie de gens qui, conscients de l’éminente supériorité qui est la leur sur le commun des citoyens ordinaires, estiment qu’il est de leur devoir de parfaire l’éducation de leurs contemporains dans le registre du savoir-vivre, jugeant du haut de leur magnificence que la politesse élémentaire dans certaines situations quotidiennes fait cruellement défaut.

Il s’agit de ces père-la-vertu qui, ayant gracieusement consenti à laisser traverser sur la signalétique blanche règlementaire un citoyen au pas leste dont un œil est fixé sur l’autre côté de la rue tandis que l’autre œil guette un éventuel véhicule en sens inverse pour qui les clous seraient un concept abstrait, et se croient obligés de lancer depuis la fenêtre baissée de leur automobile vers le piéton distrait un vif rappel des usages et bonnes mœurs en pratique lorsque quelqu’un vous rend un service, faisant ainsi comprendre qu’il sont en attente d’une gratification verbale pour la générosité dont ils viennent de faire preuve.
Formulé différemment : tout ces pisse-tièdes qui te gueulent « merci ! » après t’avoir laissé franchir la rue devant leur bagnole de merde.

Je sens que je m’emporte, je vais boire un café et marcher un peu dehors …


Tout d’abord, il faut avoir une très haute opinion de soi-même pour s’autoriser à faire des remontrances d’ordre comportemental à n’importe quel inconnu dans la rue. Il faut se considérer comme irréprochable et vertueux au possible, sinon on fermerait sa grande gueule.

Tellement prompt a faire la police de la courtoisie, ils en oublient certaines autres règles élémentaires de bienséance et accessoirement un point de détail du code de la route (en 2) développés ci-après :

1/ Agresser ainsi publiquement une personne sur le prétendu manque de politesse dont il a pu faire preuve est un acte violent qui génère agressivité et violence en retour*. C’est un acte délibéré de mise en défaut d’autrui dans le seul et unique but de créer le malaise tout en flattant son propre ego à ses dépends. En cela, l’acte est donc rédhibitoirement peu bienséant, discourtois et mauvais, témoin qu’il est de l’aigreur d’esprit du plouc qui est au volant.
Etrange chose que d’appeler à la politesse quand on manque soi-même de savoir-vivre.

2/ Le passage clouté n’est pas une option folklorique que l’automobiliste choisit de respecter ou non selon son bon-vouloir, c’est un passage sécurisé ou l’arrêt est obligatoire dès lors qu’un piéton fait mine de vouloir l’emprunter !!!
Au nom de quoi faudrait-il saluer systématiquement d’un geste empathique de gratitude reconnaissante n’importe quel clampin qui ne fait que respecter le code de la route en stoppant sa voiture !?!?
Doit-on également les remercier quand ils s’arrêtent au feu rouge et que nous traversons devant eux ?


La France est un charmant pays remplit d’individus aux tempéraments différents, aux qualités diverses et aux défauts multiples, et dans cette dernière catégorie, le syndrome « donneur-de-leçons » a une place de choix dans le classement des travers pénibles, il suffit de compter le nombre de klaxons/moralisateurs et appels de phares/mise-en-garde observables sur un seul déplacement automobile.
Je ne suis pas contre la politesse et la courtoisie entre citoyens, je suis même un de ses fervents adeptes. Je peux même pousser l’antithèse jusqu’à confesser qu’il m’arrive de rouspéter intérieurement quand je laisse traverser quelqu’un qui m’ignore – simplement j’ai trop conscience de mes propres défauts pour me comporter comme un juge et cracher à la gueule leurs défauts aux autres, surtout si je ne les connais pas !

Folzebuth




*J’ai encore en mémoire la dernière expérience de ce type où, accompagné de mes frangins et de ma femme, nous fûmes agressé de la sorte par un automobiliste lambda, lequel en démarrant après nous avoir laissé passer nous jeta au visage en passant à notre niveau un « merci » dénonciateur du manque de politesse dont nous venions de faire preuve à son endroit.
D’un naturel plutôt civilisé et diplomate, évitant les conflits avec autrui pour privilégier le contact humain raisonnable et pondéré, je peux dire que ni moi ni ma fratrie ne sommes de volcaniques soupes au lait ; toujours est-il que dans la seconde suivante fut adressé au véhicule fuyant une salve fournie d’aboiements injurieux de ma part ainsi que du benjamin, le cadet quant à lui choisissant plutôt la voie majeure et silencieuse du doigt tendu vers les nuages.
Il voulait nous enseigner la politesse, il a obtenu exactement le contraire, c’est con pour un enseignant…


PS : un coucou amical à mes lecteurs abonnés à la newsletter qui je l’espère prennent autant de plaisir à lire mes âneries que j’en prends à les écrire.
Salut donc à La Krapaille, Marilalouze, Roger, San DeFez, Chop Suey et Kcnarf (faute de pseudo…)

Publié dans Colère

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La Krapaille 20/09/2006 17:37

C'est amusant, il t'arrive toujours des trucs qui m'arrivent pas à moi.
Peut-être parce que je ne travers jamais les rue. Je suis bien du côté où je suis.