Fast-eating & bons conseils

Publié le par Folzebuth

« Tu manges trop vite ! »

Ainsi fus-je subitement interrompu dans mon activité par mon supérieur hiérarchique à table dans un restaurant, alors que j’engloutissais à proprement parler une pizza chorizo-bœuf spicy* richement arrosée d’huile pimentée, le côté relevé de l’ensemble devant avoir comme regrettable conséquence le lendemain un début d’incendie dans la partie basse de mon rectum, des larmes et la tapisserie des waters griffée.
Je dis engloutir car force est de reconnaître que mon appareil digestif sur son premier tiers - bouche / gosier - fonctionne de manière assez similaire à celui du requin blanc, avec la mentalité d’un chien privé de nourriture depuis plusieurs jours.

« Il faut au moins 20 minutes au cerveau pour signaler à l'estomac qu'il est plein ! » renchérit-il alors que je recommençais à bâfrer de plus belle.
Aussi dus-je suspendre à nouveau cette ripaille pour opiner du chef tout en ajoutant : « Je mange vite mais pas encore assez puisque ça te laisse le temps de m’interrompre… » (le ton de cette remarque fut judicieusement sélectionné pour ne laisser transparaître qu’une gauloiserie rigolarde sans nulle agressivité, compte tenu de mon auditoire).

***

Tout le monde a un avis sur les us et mœurs (bonne ou mauvaises) de tout le monde, notamment en hexagone : « Tu fumes trop - tu manges trop vite - tu ne mets pas ton clignotant ? - et la ceinture ? - c’est pas bien de téléphoner au volant - tu devrais faire du sport - c’est quoi cette musique que tu écoutes ? - t’es pas assez couvert, tu vas avoir froid. »
…et ceci alors qu’aucun lien familial ou conjugal ne te lie nécessairement à ces généreux conseillers gratuits.

Alors pour être tout à fait complet sur ce que je pense de cette remarque sur les fameuses 20 minutes que mon cerveau est supposé mettre pour rencarder mon estomac sur son état...


Il est vrai que l'augmentation du taux de sucre dans le sang déclenche, environ 20 minutes après le début du repas, la sensation de rassasiement. Pour autant, si je termine ma pizza en 15’, vais-en commander une 2ème ?

Certains repas dominicaux de famille où l’on célèbre la communion ou le baptême de tel ou tel chérubin ressemblent à des marathons de la bouffe avec soupe, crudités, volaille, rôti, pommes de terre et cèpes et 6 desserts différents, le tout arrosé de vins parfois forts sympathiques, sur une durée de 2h30. Dois-je m’arrêter aux concombres/betteraves lorsque les 20 minutes sont écoulées depuis la 1ère cuillerée de potage ?


Si l’écoute de son corps est la clef d’une plénitude digestive totale et si répondre de façon positive à chacun des signaux chimiques que notre organisme nous envoie est le maître mot d’un nirvana du bien-être alors…

…sachant qu’il faut 45 secondes environ pour emplir les corps caverneux d’un organe érectile de type pénis, et ainsi provoquer une érection dont la raison d’être naturelle est le coït, les préliminaires ne devraient-ils pas se limiter à cette durée ?

…sachant qu’il faut moins d’1 seconde pour qu’une information gustative avise mon cerveau que le mets que mes hôtes m’ont servi n’est point à mon goût, dois-je dans l’instant cracher dans l’assiette et lécher la nappe pour faire disparaître cette sensation désagréable pour ma langue ?

…sachant enfin que, contrairement à la satiété dont la clarté du message peut pour certains être passablement ténu, l’information nerveuse la plus impérieuse qui soit de la part d’un organisme (ne laissant nulle place au doute et à la négociation) étant celle d’évacuer les matières fécales, ne devrions-nous pas y céder dans l’instant sans pantalon baisser ni toilettes atteindre, donnant ainsi pleine et entière satisfaction à la commande pressante d’un organisme qu’il ne faut surtout pas contrarier…


Le matin quand mon organisme m’indique par des yeux encroutés et des bâillements de brontosaure qu’il n’est pas assez reposé - faisant preuve je vous l’accorde d’une inqualifiable muflerie à l’encontre du radioréveil qui ne fait que son travail – dois-je rester au lit ?

Et quand un cuistre interrompt mon organisme alors que celui-ci s’épanouit dans l’acte de se goinfrer d’une pizza trop épicée, ne devrais-je pas planter ma fourchette dans son cuir chevelu pour mettre un terme à cette nuisance ?


Folzebuth


* de l'anglais Spice-girl : qui irrite même à faible dose.

Publié dans Agacement léger

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San Defez 31/07/2006 12:29

Moi je dis tu peux tenter d'atteindre le fameux nirvana par les méthodes décrites ci-dessus, mais la probabilité que tu passes pour un fiéfé goret est de 0,98, soit 98%