Royauté et narcolepsie

Publié le par Folzebuth

La Belle au bois dormant est un conte populaire. Il en existe plusieurs versions, dont les plus célèbres sont celles de Charles Perrault et des frères Grimm.
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_belle_au_bois_dormant

Mon dictionnaire encyclopédique en fait un résumé intéressant mais effroyable si on le lit trop vite :
Une jeune princesse plongée dans un sommeil de 100 ans en est tirée par un prince tombé amoureux d’elle.

Le pronom « en » m’a échappé en 1ère lecture ce qui je ne vous le cache pas fit descendre ma mâchoire inférieure de deux bons centimètres, vrilla l’iris gauche de mon œil et fit perler une goutte de sueur froide le long de ma tempe.

Tchaïkovski accoucha d’un ballet sur le thème et Disney un dessin animé de long métrage.

S’ils ont été plusieurs à raconter la même histoire, je ne vais pas me priver d’en pondre une mouture à la mode de chez moi !



Un roi et une reine d’un royaume indéfini et dont on se fout un peu, décident de faire contre mauvaise fortune bon cœur en célébrant solennellement le baptême de leur fille, pestant tout de même en secret de ne point avoir eu de descendance testiculée car je vous rappelle que chez les têtes couronnées, l’hérédité royale passe par le sceptre érectile, les progénitures féminines étant cantonnées très vite à de modestes tâches domestiques telle que la couture, mais nous y reviendrons…
On sort donc le barbeuk, chipolatas, cacahuètes et pastis, les pommes chips et trois ballon de couleurs afin de donner au tableau un petit côté festif, et on invite le gotha des emperruqués, empoudrés, endimanchés de la région, en prenant soin de ne pas inviter la sorcière du coin dont on sait qu’elle a un don pour niquer les ambiances chaleureuses et familiales (l’an dernier elle vomit dans le punch lors de la bar-mitsva de l’ainé, en plus elle sent des pieds et a toujours un balai dans le cul).
C’est alors tout d’un coup que justement puisqu’on en parle que surgit la sorcière et son swiffer dépoussiérant de luxe, avec un air des mauvais jours de type vous-allez-en-chier assez caractéristique, le tout sur fond d’effets pyrotechniques assez chiadés.
« Salut les bourgeois, mugit-elle tandis que frissonne déjà l’épiderme sensible de nos convives face au manque de goût avec lequel elle est vêtue.
- Alors comme ça, on festoie en suisse* et on n’invite pas la voisine ? Pas de punch cette année… ? Bon mettez-moi un Ricard ! »
Tout en prenant l’assemblée à témoin de la goujaterie des hôtes qui l’oublièrent, notre sorcière se mut vers le couffin d’où montaient les vagissements de l’objet des festivités, se pencha, et d’un doigt luisant aux relents d’arachide tout juste ingérées dessina dans les airs de sombres signes cabalistiques laissant présager soit une malédiction sur l’enfant nouveau-né, soit une déception sentimentale pour les Gémeaux, soit la simple envie de se dégourdir le bras.
Hélas trois fois hélas, c’est bien de malédiction dont il s’agit, la vilaine ne laissant pas planer le doute bien longtemps sur ses funestes intentions. Les yeux globuleux tant ils s’exorbitèrent et un rictus carnassier lui déchirant le visage, elle fit face au couple royal et s’exprima en ces termes :
« C’est pas que j’veuille foutre en l’air l’ambiance, mais à 16 ans, votre drôlesse va se faire un piercing au doigt avec un fuseau, qui lui fera ravaler sa chique, vous ferez moins les malins ! »
C’est alors, rebondissement salvateur pour l’émoi dans lequel nous sommes, que l’une des bonnes fées conviées dont le Roi avait eu la brillante idée de proposer le parrainage, fit à son tour des mouvements de passe-passe autour du berceau pour conjurer la mauvais sort ce qui eut trois conséquences :
1/ la peine de mort prononcée par miss sourire fut commuée en peine de sieste à perpèt’ avec une période de sureté de cent ans (bravo la marraine…)

2/ la méchante sorcière s’en fut sans dire au revoir ni merde, ce qui eût au moins le mérite de dé-vicier significativement l’atmosphère chargée de soufre depuis son arrivée.

3/ le Roi se promis que la prochaine fête de famille se ferait en comité restreint afin d’éviter que tout les rebouteux, druides verruqueux, poltergeist et autres cloportes intermittents de la magie noire ne viennent les pourrir, non mais sans blague.

Le Roi en fin s’adressa à la foule qui s’en était retourné aux buffets, déclarant de colère et de rage que plus aucun fuseau ne devait exister en son pays par ordre de Lui, sous peine de mort, ceci afin de protéger sa progéniture de manière anticipée. Ne sachant de quoi il s’agissait exactement et craignant la sentence royale mortelle, la population s’employa dès lors à supprimer certains types de pantalons seyants dont les jambes se rétrécissent vers le bas et se terminent par un sous-pied, gommer les lignes verticales des globes et planisphères, bruler l’outillage de filage et enfin concasser les mollusques répondant à cette appellation.

OOO

Saut dans le temps et nous voilà à l’aube de sa vie de femme. Quinze ans sont écoulés - dont l’historique exhaustif se trouve dans Gala pour ceux que ça intéresse - et notre princesse est à l’aube de sa vie de femme, avec du poil, des seins qui poussent, et des sautes d’humeurs probablement strues (ce calembour épais vous est gracieusement offert par la maison).

Alors qu’elle déambulait mollement dans les couloirs du château, un jour quelconque de novembre, en pestant sur le manque d’ergonomie des protections féminines de l’époque, découvrit-elle au sommet d’un donjon un galetas d’où provenait un son qui lui était alors inconnu. Fille de Roi se sachant tout permis, elle fit irruption dans le réduit sous-toit et considéra l’occupante affairée en ce lieu, une mégère âgée et sourde comme un pot, qui de fait ignorait la consigne royale au sujet de l’outil à tisser promulguée une décennie et demie auparavant, faute de l’avoir entendue.
Ne pouvant réfréner un besoin compulsif de tripoter la paire de quenouilles malencontreusement exhibée, la princesse dans un mouvement leste se piqua au fuseau malicieux qui dépassait par là (vous me direz, je ne vois pas en quoi un fuseau peut être qualifié de « malicieux », je vous répondrais que ça a le mérite de dédramatiser un peu la tension narrative passablement insoutenable à ce stade du récit et arrêtez de m’interrompre !).

Exaspéré, le Roi qui eut vent de la nouvelle fit compresser la mégère dans la casse auto de Nino-la-fistule (sur la départementale 4 en sortant du fief), puis fit prestement mander la fée à l’origine du sommeil « réparateur ». Cette dernière consciente du fait qu’une princesse émergeant d’une sieste d’un siècle dans un château vide de ses occupants allait se faire correctement chier, décida d’endormir tout le monde pour la peine. Elle fit donc le tour de la propriété pour "toucher" tout le monde, lesquels au contact délicat de la main féérique s’affaissèrent sur eux-mêmes et dans les bras de Morphée ; seul un page occupé à déféquer derrière une tapisserie rouspéta à son réveil d’avoir été endormi de force sur ses propres matières.
Ainsi fut fait par la fée fabuleuse, puis elle quitta les murs tout en ceignant le domaine du châtelain d’un épais maquis de ronciers vivaces.

OOO

Saut dans le temps (c’est une saga…!) et nous voilà, un siècle plus tard, en présence d’un élégant chevalier tout de collant chaussé, qui intrigué par ce château sans vie apparente, s’équipe hardiment d’un puissant désherbant afin de préserver l’intégrité dudit collant en progressant vers le pont-Lévy (de l’ingénieur Israélite ayant le brevet du concept).
Sans trop chercher en dépit des 452 salles, chambres, cellules, cuisines, réduits et galetas que compte la bâtisse, il pénètre dans la chambre de la princesse endormie. Faisant preuve alors d’une goujaterie inqualifiable, il décide de bécoter la pucelle en profitant du fait qu’elle en écrase comme un loir.
Or il se trouve que ce malotru a une haleine de dromadaire à cause d’une dent creuse mal soignée dans laquelle stagne en permanence les microreliefs de ses 2 derniers repas. Incommodée par l’odeur, la belle se réveille avec une fraicheur que je vous laisse imaginer, compte tenu des heures de végétatisme qu’elle a au compteur.
Comme elle est ni farouche ni bégueule, elle s’entiche de l’hurluberlu narcophile en lui conseillant tout de même pour la pérennité du couple l’usage intensif de tic-tac mentholés, et des visites chez le dentiste plus que soutenues.

Ils s’en furent alors vers leur destin fait de « vécurent heureux », traversant le château en plein éveil où les gardes, gouvernantes, filles d'honneur, femmes de chambre, officiers, maîtres d'hôtel, marmitons, et autres valets de pied émergeaient eux aussi de leur catalepsie, ainsi qu’un petit page au derrière crotté.

Folzebuth



*La croyance urbaine, dont on sait qu’elle est rarement dans le vrai, croit candidement que l’expression décrivant l’acte de se sustenter seul dans son coin se dit – manger en juif – ce qui, au-delà d’être complètement faux, rajoute une couche d’opprobre regrettable à cette sympathique communauté qui n’en demandait pas tant. Non pas qu’une animosité particulière me meuve à l’égard des gentils helvètes spécialistes en vaches violettes, bonbons aux saveurs des plantes et établissements bancaires divers, simplement je souhaitais remettre les choses à leur place.
Mais bon, allez expliquer ça à ceux qui sont persuadés qu’on trouve du beurre en branche, et que les vaches espagnoles parleraient mal la langue de Molière…



Publié dans N'importe quoi !

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San Defez 11/06/2006 00:22

Version pour le moins originale et plus drôle que les précédentes. Moi je dis qu'elle est pas chié la princesse parce qu'elle conseille à son preux chevalier de gober les tic-tac par 10, mais après 100 ans de torpeur, son poulet au brocoli (dernier repas avant la sieste) devait piquer les yeux... Toujours à se plaindre les femmes...