Les gens l'ont d'ailleurs bien compris, puisque la réponse, quand il y en a une, est presque invariablement « oui », ou une de
ses déclinaisons (ouaip, yes), à laquelle s'adjoint invariablement :
...et toi ?
...t'as vu le temps qu'il fait ?
...c'est bientôt les fêtes !
...comme un vendredi (poncif d'entreprise ne marchant que le vendredi)
Jamais tu n'auras une réponse du type : « Nan, j'ai mal dormi, et pis ce soir je suis invité à une soirée chez des cons et j'ai
pas envie d'y aller ! » ou « Non, marre de ce boulot de merde, rien que venir ici voir ta gueule est devenu un calvaire » ou encore « Pas trop, j'ai un début de cystite, du sang dans les selles
et mon gosse a raté son permis pour la deuxième fois cet andouille ».
Pourquoi ? Parce que c'est comme ça. Sans doute parce qu'à ne pas vouloir être le réceptacle de toute la misère des autres, on commence
inconsciemment par ne pas déverser la nôtre chez eux. Sans doute parce qu'on se fout autant de leurs problèmes qu'ils se foutent des nôtres, et que du coup on économise notre temps et notre
salive.
Vous noterez d'ailleurs que la question sur l'état de l'autre change de formulation dès que de l'intérêt est véhiculé avec, face à un interlocuteur dont l'état général de santé physique, sentimentale et financière nous est cher. Cela devient alors du « Comment tu vas ? », « Vous allez bien ? », « Qu'est ce que tu deviens ? ». On étoffe un peu la phrase et on la personnalise, on regarde la personne dans les yeux et on attend sa réponse, et tout ça sans se forcer.
Sauf que dans de rares cas, il y a dérogation à la règle ; il arrive que tu tombes sur une personne qui va prendre au pied de la lettre ta formule et va s'épancher sur ton sein, et là, si t'étais pressé, ben t'es dans la merde. Comment en effet clore un entretien quand tu l'as initié ? Comment expliquer à machin que tu t'en tapes comme d'une guigne de ses soucis, vu que tu l'as sollicité... ?
J'ai croisé pas mal de gens ces temps-ci à
qui on venait d'annoncer qu'ils perdaient leur emploi - de ces gens qui font les chiffres déprimants que les JT gourmands nous rapportent - et qui font leur préavis dans la société avant départ
pour l'univers gratifiant du pôle emploi. Et à chaque fois, comme un imbécile...
Moi : « Salut, ça va ? »
Lui, mine déconfite : « Ben pas trop en fait...
»
Moi, à moi-même
[mais que tu es con de lui demander ça à ce pauvre garçon !!!]
Moi, mine déconfite modèle miroir : « Ah oui... heu... c'est sûr... heu... désolé. »
Bilan de l'échange : lui ne va pas mieux, et moi je me sens merdeux -1-d'aller bien -2-d'avoir toujours un job -3-de l'avoir
obligé à faire ce triste aveu.
Et ça tous les jours pendant 15 jours !!!
La peste soit des automatismes.
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