Ca va ?

Publié le par Folzebuth

Je vais vous parler aujourd'hui de cette paire de mots que l'on accole la plupart du temps à la suite d'un « Bonjour » ou d'un « Salut », qui présente la double particularité d'être une des phrases les plus courtes de la langue française, et d'être une question à réponse facultative. Au sujet de cette deuxième assertion, faites-y attention et le constat vous sautera aux yeux ; souvent, la réponse à la question « Ca va ? » est une question... la même ! D'autres emploient, toujours dans la logique d'une question pour répondre à une autre, la méthode du boomerang avec le tout aussi lapidaire : « Et toi ? »
Dans plusieurs milieux, avec en tête de colonne le cadre professionnel, formuler le « ça va ? » relève plus du machinal que de l'acte réfléchi et authentique, à plus forte raison dans une entreprise comprenant de nombreux collaborateurs. Quand du parking à ton poste de travail tu croises 20 connaissances, tu déclames du « Salut, ça va ? » en rafale, parfois même sans t'arrêter de marcher, juste en ralentissant pour serrer la main, et soyons honnête, on se fout pas mal de la réponse !
C'est une forme de politesse, mais sans sel ; un truc sans saveur destiné à ceux que l'on côtoie mais que l'on n'étreint pas. C'est peut-être aussi pour ne pas laisser la salutation de rigueur isolée dans un vide glacial et embarrassant. Le « ça va » amorce un faux début de conversation qui n'aura pas lieu, mais qui rend supportable la croisée de celui dont le destin nous est égal.

Les gens l'ont d'ailleurs bien compris, puisque la réponse, quand il y en a une, est presque invariablement « oui », ou une de ses déclinaisons (ouaip, yes), à laquelle s'adjoint invariablement :
...et toi ?
...t'as vu le temps qu'il fait ?
...c'est bientôt les fêtes !
...comme un vendredi (poncif d'entreprise ne marchant que le vendredi)

Jamais tu n'auras une réponse du type : « Nan, j'ai mal dormi, et pis ce soir je suis invité à une soirée chez des cons et j'ai pas envie d'y aller ! » ou « Non, marre de ce boulot de merde, rien que venir ici voir ta gueule est devenu un calvaire » ou encore « Pas trop, j'ai un début de cystite, du sang dans les selles et mon gosse a raté son permis pour la deuxième fois cet andouille ».
Pourquoi ? Parce que c'est comme ça. Sans doute parce qu'à ne pas vouloir être le réceptacle de toute la misère des autres, on commence inconsciemment par ne pas déverser la nôtre chez eux. Sans doute parce qu'on se fout autant de leurs problèmes qu'ils se foutent des nôtres, et que du coup on économise notre temps et notre salive.

Vous noterez d'ailleurs que la question sur l'état de l'autre change de formulation dès que de l'intérêt est véhiculé avec, face à un interlocuteur dont l'état général de santé physique, sentimentale et financière nous est cher. Cela devient alors du « Comment tu vas ? », « Vous allez bien ? », « Qu'est ce que tu deviens ? ». On étoffe un peu la phrase et on la personnalise, on regarde la personne dans les yeux et on attend sa réponse, et tout ça sans se forcer.

Sauf que dans de rares cas, il y a dérogation à la règle ; il arrive que tu tombes sur une personne qui va prendre au pied de la lettre ta formule et va s'épancher sur ton sein, et là, si t'étais pressé, ben t'es dans la merde. Comment en effet clore un entretien quand tu l'as initié ? Comment expliquer à machin que tu t'en tapes comme d'une guigne de ses soucis, vu que tu l'as sollicité... ?


J'ai croisé pas mal de gens ces temps-ci à qui on venait d'annoncer qu'ils perdaient leur emploi - de ces gens qui font les chiffres déprimants que les JT gourmands nous rapportent - et qui font leur préavis dans la société avant départ pour l'univers gratifiant du pôle emploi. Et à chaque fois, comme un imbécile...
Moi : « Salut, ça va ? »
Lui, mine déconfite : « Ben pas trop en fait... »
Moi, à moi-même [mais que tu es con de lui demander ça à ce pauvre garçon !!!]
Moi, mine déconfite modèle miroir : « Ah oui... heu... c'est sûr... heu... désolé. »

Bilan de l'échange : lui ne va pas mieux, et moi je me sens merdeux -1-d'aller bien -2-d'avoir toujours un job -3-de l'avoir obligé à faire ce triste aveu.
Et ça tous les jours pendant 15 jours !!!

La peste soit des automatismes.

 


Publié dans jichitsu

Commenter cet article

noum 09/04/2009 11:46

j'ai toujours aimé les gens qui prenaient la peine de répondre de manière complète :-) toutes mes félicitation à ton système digestif ^^bon des bisettes en attendant ton prochain billet !

Folzebuth 15/04/2009 15:17



Félicitations transmises. Il t'en remercie. 



noum 08/04/2009 16:57

dis donc t'es toujours aux gogues ?

Folzebuth 09/04/2009 09:15



Toujours dans le sens "tout le temps" ou dans le sens "encore" ? Dans le sens "encore", la réponse
est "non, ayé, j'ai fini". Dans le sens "tout le temps", la réponse est "assez souvent en effet", la constipation ne
faisant pas partie de mes tares biologiques.



muymuy 31/03/2009 23:39

sans oublier que cette convention est à l'origine sensée s'enquérir du transit de l'interlocuteur. - ca va ?- qq constipations mais je fais aller- fuca powaaaaa !

Folzebuth 01/04/2009 08:55



L'échange ne devrait-il plutôt pas être...


-ca va ?


- qq constipations mais je fais aller


- ben va chier !



no 28/03/2009 16:44

hey comment tu vas? tout à fait d'accord avec ton article c'est pure convention et on va toujours bien (ou pas) souvent il y a aussi l'hypocrisie du bonjour, je connais des gens qui me font la bise me demandent si "ça va" et qui connaissent même pas mon nom!

Folzebuth 29/03/2009 18:47



"pure convention" en effet.


Et sinon, toi, ça va ?



noum 27/03/2009 17:41

ah ben ouais bon là ...bon je maintiens donc le "salut toi !" le plus dur dans les premiers temps c'est de retenir le "çà va?" ou "quoi de neuf ?"qui vient automatiquement après . Cela demande une certaine discipline :-) et toi çà va ?

Folzebuth 29/03/2009 18:45



Ca va, ça va...