En règle générale, pour formuler un avis critique complet sur un film,
j'ai besoin de 2 visionnages. Le premier me berce de son histoire, de ses rebondissements, de ses coups d'éclats scénaristiques plus ou moins heureux, de son climax... la deuxième lecture, elle,
permet de décortiquer l'ensemble en justesse d'interprétation, cadre, décors, costumes, dialogues, casting, bande originale et j'en passe. Parfois même, quand on touche au génial, le passage en
mode 2ème lecture est impossible tant l'esprit est captivé par le chef-d'œuvre, cela se produit en général quand Peter Jackson réalise. Alors on ne décortique pas, on s'imprègne, on communie...
mais je m'égare.
Bon, soyons clair et honnête dès le départ ; ici, une seule vision suffira. Et pour cause ; le film dont traite cet article est tellement mauvais que je suis passé en mode «
2ème lecture » direct, sans guère plus m'intéresser au sort des protagonistes.
Synopsis :
Alors que Ray Keene, entraîneur de basket au lycée d'une petite ville, est parti camper en pleine nature avec
son fils, il repêche deux hommes dans la rivière : un U.S. Marshall mourant, menotté à un tueur à gages, Frank Carden...
Avant de décéder, le Marshall charge Ray de ramener Carden aux autorités où il doit être jugé. Ray n'a pas le
choix. Les hommes de Carden, des mercenaires ultra entraînés, sont à leurs trousses. S'il veut avoir une chance de protéger son fils et de s'en sortir vivant, il doit absolument garder une
longueur d'avance...
Or donc ce film est une bouse.
Oui j'ai pour habitude d'être modéré dans mes critiques ciné, sauf quand vraiment on touche le fond de la
cuve.
Donc « machin » part à la montagne avec son fils pour s'oxygéner le cerveau et renouer des liens avec ce
dernier qui se referme sur lui-même (oui, il sèche les cours de base-ball, c'est dire s'il va mal) depuis la mort de sa mère d'une longue et douloureuse maladie. Parallèlement, Franck l'assassin
de carrière se fait serrer par les bleus, puis, plus ou moins délivrer lors d'un transfert par ses comparses supposément surentraînés. Je dis plus ou moins car l'évasion ne se déroule pas comme
prévu et notre tueur professionnel se retrouve en 2 temps 3 mouvements sous la garde de notre randonneur de père, dont je rappelle qu'il est prof de base-ball au lycée, qui fait alors un choix
tout à fait rationnel qui est le suivant :
Je suis un citoyen lambda en compagnie de mon fils. Par un étrange concours de circonstances je me retrouve à
tenir en joue avec un flingue qui n'est pas le mien un type se présentant comme un baroudeur émérite, assassin hors-pair ayant des collègues à ma recherche qui me promet la vie sauve si je passe
mon chemin... je fais quoi ?
Réponse : je mets la vie de mon fils en péril en décidant vaille que vaille d'escorter, sans aucune
qualification pour cela, ledit criminel dangereux, à travers une montagne hostile que seul mon fils connaît, au nom des valeurs moralistes qui sont les miennes...
Non
Moi, un pitch pareil, j'avale pas.
Le type qui a le flingue, face au tueur, avec son fils à ses côtés, il dit ceci :
« Bon OK, je garde le flingue, partez en courant, je pars à l'opposé, on ne s'est jamais vu. ». Mais bon, je
dois admettre que du coup, tu ne tiens pas 90 min là-dessus. Alors du coup en avant pour les invraisemblances.
Et que donc je pars en file indienne avec le tueur menotté et mon fiston pour le conduire aux
autorités.
Et que j'envoie mon fils demander seul de l'aide car j'ai aperçu une voiture au loin, voiture dont
l'occupant est sur le point de se faire zigouiller par les comparses du menotté, fils qui reviendra quatre à quatre après avoir assisté à son premier homicide (oui la journée va être longue) avec
sur le visage une expression évoquant la constipation et/ou une mauvaise note à annoncer.
Et que je croise un couple de randonneurs dont il est écrit sur leur front que elle, va succomber au charme
du papa veuf, et lui, va servir de ball-trap à la fine équipe de tueurs qui les pistent. Mention spéciale à l'absence totale d'émotion lisible sur la jeune femme quand son partenaire se fait
dessouder... on apprendra par la suite qu'en fait, ils n'étaient plus ensemble (ce qui explique très bien qu'ils fassent une randonnée à deux et qu'elle se baigne à poil devant lui), ce qui
cautionne sans doute un peu son manque de pleurs face à son ami à la cage thoracique perforée, et du point de vue de sa disponibilité affective vis à vis du rôle principal, la fait un peu moins
passer pour une salope.
« Flûte. Il me semble que mon ami, mon ex-conjoint,
vient de ce recevoir une balle de fusil longue portée
en plein poitrail. Tant pis. »
Mais ce n'est pas tout.
Et que nos 4 lascars, que l'on nous vend depuis le début du film comme la crème, l'élite, le dessus du
panier en matière de mercenariat, non seulement ne brillent d'aucun éclat mais passent très vite pour des baltringues, une équipe de tocards
sous-doués qui trouvent le moyen de se faire neutraliser par... le prof de base-ball ! Ben oui...
« Heureusement que j'ai une formation d'éducateur
sportif, sans quoi j'aurai eu de la peine à maîtriser
ces mercenaires surentraînés. »
Le film accumule les poncifs et les clichés comme mes gosses entassent les œufs de Pâques dans un panier, de manière
frénétique. En vrac, les flics du FBI sont des connards condescendants, les flics locaux sont des ploucs ou essaient vainement de ne pas passer pour, le jeune dérapant le long de la falaise est
rattrapé, je vous le donne Émile, par le tueur à sang froid qui doit sans doute avoir une révélation à cet instant précis, le flic de l'escorte qui vit juste assez pour dans un dernier souffle
indiquer la nature dangereuse du type auquel il est menotté...
Parmi les tueurs aux trousses, on compte un traître, une brute, un pisteur et un intello qui joue aux échecs
sur son PC portable dès que le groupe fait une pose dans les sous-bois (authentique). Tout est prévisible, attendu, et quand ça ne l'est pas, c'est confondant de débilité.
Exemple d'imbécillité scénaristique pour ceux qui ont du mal à les déceler : 2 tueurs décident d'intercepter un
hélicoptère qui patrouille, avec l'intention de s'en servir. L'un s'allonge par terre et fait le blessé, l'autre fait de grands signes de bras pour attirer l'attention dudit hélico qui se pose,
et dont l'équipage est éliminé prestement.
Réplique du tueur à terre qui mimait le blessé, à son comparse : « Dis-moi que tu sais piloter cet engin
».
C'est pas génial ça ?
Personnellement, si j'étais acteur et qu'on me fasse jouer une telle scène pour ensuite sortir une telle
phrase, je vais voir le réalisateur et lui demande : « heu, Bruce (Beresford), à propos de mon personnage, je constate qu'il s'inquiète du pilotage d'un hélico qu'il détourne après avoir buté
tout l'équipage ; alors soit en tant que mercenaire, sa réputation est très largement surfaite et il est beaucoup trop payé, soit il est juste un peu con con comme type... comment je le joue ?
»
John Cusack, dont la
palette d'expression n'a jamais été très étendue, fait une performance digne de lui dans ses plus mauvais rôles, affichant le même visage sur toute la durée du métrage (il a raison,
pourquoi s'emmerder).
John interprète ici : le doute, la résignation,
l'agacement, la réflexion, le suppositoire glycériné.
Rayez les mentions inutiles
Morgan Freeman, après avoir incarné le flic à de nombreuses reprises, tente ici un contre emploi qui eût pu
briller avec une meilleure direction d'acteur et de meilleurs dialogues. Il demeure toutefois un acteur brillant ne pouvant malheureusement
sauver cette embarcation du naufrage.
Le reste du casting est fade, sub-existant.
Les décors sont filmés sans maestria ce qui est tout de même fort regrettable pour un film misant une partie de
son identité sur le côté accidenté et sauvage de l'environnement où les protagonistes évoluent.
Quant à la "base line", « On ne peut se fier à personne », je ne vois carrément pas le
rapport.
Pour conclure, voici ma note...
...et mon conseil : à voir si ça ne doit pas vous coûter un rond (exclure donc location de DVD et VoD),
histoire de bien étalonner votre échelle d'indice de qualité pour les films d'action en sachant qu'ici, on est au premier barreau de l'échelle.
A ceux qui cherchent un bon film d'aventure se déroulant en pleine montagne, je recommande chaudement « Randonnée pour
un tueur » (1988), excellent film de Roger Spottiswoode avec Sidney Poitier et Tom Berenger, ou encore « Delivrance » (1972) de John Boorman, beaucoup moins tout publics mais de bien meilleure
facture (on n'y croise pas de prof de base-ball maniant le fusil d'assaut comme personne, c'est déjà un atout).
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