Il est assez intéressant d’observer et écouter ses contemporains parler, au sortir d’une salle obscure, sur un forum
internet traitant du 7ème art comme il en existe de nombreux, ou tout simplement devant la machine à café du boulot en attendant patiemment son tour, et recueillir ainsi les avis et sentences
absolues prononcées à l’encontre du dernier film qu’ils sont allés voir la veille…
Toi, tu souhaites savoir si un film est bon afin de déterminer s’il vaut la peine d’être vu au prix d’une place de cinéma qui n’a de cesse d’augmenter, ou s’il supportera bien d’être, 2 ou 3 ans
après, vu morcelé par les lamentables et turpides coupures publicitaires de chaines télévisuelles pompes à purin.
Ou alors tu as déjà vu le film et tu souhaites partager tes impressions, ton analyse, ton regard sur cette toile et cherche désespérément une âme avec qui échanger sur le fond et la forme, le
film est-il bon ou pas, l’ais-je aimé ou pas et pourquoi ?
Après avoir longuement observé mes contemporains, un premier constat s’impose :
Dans l’immense majorité des cas, un joyeux amalgame est fait entre le jugement porté sur la qualité du film et l’appréciation personnelle de son contenu : en clair, « j’ai pas aimé, le film est
donc mauvais ».
Deuxième constat : le métier de scénariste est un des boulots les plus ingrats du monde. En effet, l’éclairage, la photo, les décors, les costumes, la
bande-son – vulgum pecus s’en moque, passe au travers. Mais le scénario, il a forcément un avis dessus, et si le film ne lui a pas plus, la ritournelle implacable se fait alors entendre : « Pfô
ce film, y’a pas de scénar… ». Et crois-moi sur parole gentil lecteur, si j’eus perçu 10 balles à chaque fois que j’ouïs cette réplique, j’aurais Bill Gates comme concierge.
Je l’ai entendu sur toute une gamme de film, de Titanic à Jurassic Park, Ong Bak, Les Visiteurs, Dardevil, Star Wars, autant de films tous différents, certains excellents, d’autres
catastrophique, mais si on en croit vulgum pecus, tous dénués de toute trace scénaristique. Et entre nous, dire à propos d’Ong Bak que le scénario est pauvre voire inexistant est à peu près aussi
crétin que rouspéter sur le manque de place pour un fauteuil bébé à l’arrière d’un coupé sport !
Troisième constat : une partie de la population française est convaincue qu’elle est la digne héritière d’un mode de pensée élitiste qui implique et
consiste presque exclusivement à déféquer sur ce que la majorité de ses compatriotes apprécie.
J’en veux pour preuve que le mot « commercial » a une connotation péjorative incontestable de nos jours, quand celui-ci fait suite à « Roman » ou « Film ». Parce que si c’est commercial, c’est
que cela se vend bien, si cela se vend bien, c’est que ça plaît au plus grand nombre, et si cela plaît au plus grand nombre, c’est forcément de la merde en sachet.
Ce raisonnement poussée à l’extrême à conduit un minable Rédac’ chef des inrockuptibles, ou un imbécile de journaliste de Libé, à déposer une bouse dans Libération au sujet du film de Jean-Pierre
Jeunet, le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, n’hésitant pas à taxer le film de fascisant et LePéniste. Et tout cela pourquoi ? Vendre son torchon merdeux en faisant croire qu’une pensée est
intelligente dès qu’elle en opposition de façon outrancière au courant d’intérêt populaire, et couchée sur le papier avec 3 mots de français correct et des références à n’en plus finir à Philippe
Delerm ou encore Marcel Aymé.
Pauvre médiocre…
Quatrième constat : les arguments servant à classer implacablement un film dans la rubrique des mauvais le sont souvent eux-mêmes.
« Open Water, c’est nul, les requins y sont tout p’tits… », dixit un animateur radio (ancien de Canal+, la prétendue
chaine du cinéma…) pour amuser la galerie. Bien sûr que sa remarque n’était pas faite dans le cadre d’une critique de film construite et vendue comme telle ; elle n’est que le
témoignage flagrant de la spontanéité avec laquelle vulgum pecus peut dire n’importe quoi pour justifier son point de vue sur un film qu’il n’a pas aimé (et je vous renvoie au 1er constat).
« Le Seigneur des Anneaux, c’est nul : à un moment donné le type il court, il s’arrête devant un coucher de soleil et il dit (…) ». Voilà comment une collaboratrice, charmante au demeurant,
démolit un film de 9h : sur une séquence de 20 secondes et une réplique. Ca doit donner envie aux réalisateurs / acteurs / scénaristes / compositeurs / producteurs / cadreurs / illustrateurs /
cascadeurs de se casser le cul à plancher pendant des mois.
(tout commentaire désobligeant à l’égard du Seigneur des Anneaux sera purement et
simplement bouté hors du blog par l’administrateur dictatorial que je suis – c’est mon blog, je fais ce que je veux.)
Cinquième constat : des avis sont souvent placidement apposés par vulgum pecus sur la performance d’acteur/trice du 1er rôle affiché dans le dernier long
métrage devant lequel il a baillé. En creusant un peu, on se rend vite compte que ce jugement « professionnel » sur l’aptitude du comédien à endosser le rôle, est rendu alors que le film fut
diffusé en version française… (Logique vu que 95% de la télé française sans péage (je me refuse à dire gratuite) diffuse les
films en VF, et que cette même proportion s’applique aux salles de cinéma - en province du moins).
P. Chan-wook
S. Spielberg
P. Almodóvar
W. Allen
M. Haneke
Qu’on m’explique comment la qualité de jeu d’un interprète Coréen, Californien, Madrilène, New Yorkais ou Autrichien peut-elle être évaluée correctement quand un type à l’accent rive droite de
Seine parle sur ses mots, en essayant tant bien que mal de faire coller des blagues intraduisibles de la langue d’origine sur des lèvres qui ne sont pas les siennes… et avec une voix qui ne
ressemble en rien à celle d’origine…
Aux fans inconditionnels de la VF, j’ajoute que lorsque messieurs Patrick Poivey, Jacques Franz et Richard Darbois passeront l’arme à gauche (ce que je leur souhaite le plus tard possible), il
faudra qu’ils s’habituent à de toutes nouvelles voix pour la liste d’acteurs suivants :
Tom Cruise, Daniel Day Lewis, Don Johnson, Spike Lee, Mickey Rourke, Bruce Willis, pour l’un…
Georges Clooney, Richard Gere, Danny Glover, Jeff Goldblum, Val Kilmer, Bill Murray, Liam Neeson, Kurt Russel, William Shatner, Sylvester Stallone, Patrick Swayze, Dan Akroyd, Tom Berenger, Jeff
Bridges, Harrison Ford, pour un autre…
…et Robert De Niro, Mel Gibson, John Goodman, Steve Martin, Nick Nolte, Tom Berenger (encore!!!), Jeff Bridges (re-encore…), et Gary Busey pour le troisième…
C’est du délire ; 3 comédiens doubleurs, 27 comédiens doublés… sans parler de l’incompatibilité de voix si 2 comédiens doublés par le même doubleur se retrouvent dans le même film… bref…
Un dernier constat pour la route, et non le moindre ; l’avis implacable du spécialiste : si le film traite d’une époque particulière, d’une discipline,
d’un sport, d’un art ou d’un quelconque sujet bien spécifique, on trouve toujours LE spécialiste, LE passionné qui voit enfin l’occasion d’étinceler grâce à sa passion de toujours et va dénigrer
le film non sur ses attributs intrinsèques d’œuvre cinématographique, mais sur la base d’allégations pointues dans son domaine de prédilection que le film maltraiterait, ce que personne en dehors
de lui ne peut vérifier. Il va donc sur des points de détails, contester la fidélité historique d’un péplum, vilipender sur la posture d’un pianiste, ou se gausser simplement sur les aptitudes
super-physiques d’un super héros, simplement parce qu’il est un amateur du genre, qu’il l’était avant les autres et qu’il veut que ça se sache. On rejoint en cela la notion d’élitisme évoquée en
3ème constat.
```
On résume : tu veux briller en société en abordant le sujet 7ème art, ou simplement impressionner Monique à la Cafèt’ de l’entreprise ? Déclame sans hésiter et sur un ton laissant supposer une
assurance féroce teintée de dédain, que seul les érudits condescendants et quelques félins cannibales ont :
« Y’a pas de scénario dans ce film, c’est commercial, c’était nul, je n’ai vraiment pas aimé. Et en plus les requins sont tout petits ! » (Attention toutefois, la remarque sur les requins ne fonctionne pas pour tous les films).
Avec un verbiage tel, tu critiques n’importe quel film, de toute façon, soit ton interlocuteur n’a pas vu le film et ne te contredira pas, soit il l’a vu et a aimé, et fermera son museau de
peur de passer pour un niais-qui-aime-les-films-commerciaux (tout juste osera-t-il murmurer un timide : « heu, en fait j’ai bien aimé moi… »), soit il
pompe que dalle à ce que tu racontes et hochera de la caboche tout en pensant à sa liste de courses à faire.
Folzebuth
Pets de tiers