Critique ciné, critique à chier... part IV

Publié le par Folzebuth

Pour tout dire, je crois que je n'aime pas trop les critiques de cinéma.
De ces emmerdeurs qui te parlent de cinéma comme d'autres parlent de vin, incapables de faire simple ; il leur faut user du qualificatif le plus improbable pour détailler leur analyse : « Le scénario est boursouflé, les acteurs sont dichotomiques et la réalisation buñuelienne », voilà le genre de borborygmes que peuvent déblatérer certains professionnels de la critique fielleuse, plus amoureux de leur propre façon de parler que du contenu dont le cinoche fait l'objet...

Ceci dit, le critique professionnel m'agace souvent, mais lui fait aisément concurrence le citoyen lambda non accrédité au bas des marches cannoises, pour qui résumer 1h30 de jeu, de scénario, de lumières, de costumes et de mise en scène à, se limite à soit :
"‘tain c'tait nul à chier"
ou
"‘tain c'tait un putain de bon film."
Pas d'intermédiaire, pas de juste milieu. Pas de : "J'ai bien aimé, c'est juste dommage que..."

Combien de critiques commencent par : "Personnellement, je n'ai pas trop aimé parce que..."... non. C'est toujours une descente en flammes, une diatribe assassine censée justifier son non intérêt pour le métrage

Mais je m'égare.

Après avoir dégusté, mangé, englouti et digéré une vaste quantité de films tant variés sur la forme que sur le fond, de la mièvre comédie sentimentale au film gore le plus ignoble, de la comédie décérébrée amerloque au drame social bien franchouillard, du peplum des années 50 au film d'anticipation espagnol, du film de monstre coréen au documentaire musical cubain, du muet en noir et blanc à celui en couleur et 3D...

Après avoir lu, années après années, des kilomètres d'articles de critiques dans des magazines aussi variés que Télérama, Pèlerin( non je ne l'achête, et oui, ils ont une rubrique ciné...), Mad Movies, Première, Ciné Live, Studio, n'importe quelle presse quotidienne régionale et le premier magazine people à la con traînant chez le dentiste, à quoi s'ajoutent de multiples sites internet dédiés, tel que filmdeculte.com pour n'en citer qu'un...

Après avoir observé la polémique sur la censure déguisée d'un certain genre cinématographique en France, en ruinant son exploitation en salle par une interdiction aux moins de 18 ans, dont "Martyrs" faillit faire l'objet, et dont de nombreux films par le passé en furent les victimes, comme "Mad Max", "Massacre à la tronçonneuse" ou encore "Cannibal Holocaust", interdit purement et simplement de projection...

Et surtout,
Après avoir lu les avis élogieux de 6 chroniqueurs du principal magazine de ciné de genre en France, au sujet du film franco-canadien de Pascal Laugier, que je retranscris ici exhaustivement, pour la démonstration :

Didier Allouch : 5/6
Des réserves philosophiques sur la dernière partie, mais Laugier est devenu un putain de cinéaste. Les 2 premiers actes sont affolants...
David
Doukhan : 6/6
Au cœur d'un film d'horreur comme on en a rarement vu, une histoire d'amour cruelle et obsédante. INTENSE.
Gilles Esposito : 6/6
Une expérience conceptuelle qui se transforme par miracle en film rageur et incarné.
Fausto Fasulo : 6/6
Pas de mots pour expliquer cette expérience.
Jean-Baptiste Herment : 6/6
Une expérience tellement viscérale et éprouvante qu'elle vous collera à la peau longtemps après le générique de fin.
Rurik Sallé : 5/6
L'esthétique « Saint Ange » (note : précédent film du réal.) mais avec une histoire. Un propos fou, une œuvre d'une puissance énorme.

De mémoire de lecteur de ce magazine référent en matière de « genre » depuis plus de 30 piges, il est rare que des films fassent autant l'unanimité...
Et là tu te dis, bordel, mais où il veut en venir avec son préambule qui n'en finit plus ?
J'y viens saperlotte, ne t'énerve pas, c'est mauvais pour ta tension.

Toujours au sujet de ce même film, j'ai eu un frisson orgasmique à la vision de la critique à trois voix exercée ce jeudi dernier, sur canal+, par des « professionnels » de l'exercice, en les personnes de Jean-Marc Lalanne des Inrocks (foutre Diable que ce type m'insupporte), Xavier Leherpeur de Ciné Live et Florence Ben Sadoun du magazine Elle (!!!)... critique que je me suis bien pris la tête à essayer de récupérer en bidouillant une capture d'écran sur internet, alors déguste stp...

 

 


Et là tu te dis, merde, ils n'ont pas dû voir le même film, ce n'est pas possible... un déluge de négatif, de superlatifs d'écoeurement, de dédain, de colère, de mépris... le film est traîné plus bas que terre par ces 3 "journalistes" qui rivalisent dans l'art de trouver le mot le plus dégradant pour signifier leur désapprobation, et d'affubler de concert une note calamiteuse (2/10) en conclusion de leur orgie de mots noirs.

Alors face à un tel grand écart en matière de jugement porté, je m'interroge...
Le journaliste de magazine spécialisé serait-il complaisant et non-objectif dans sa critique ciné simplement parce que le produit serait en adéquation avec ses goûts et sa ligne éditoriale... ?
Peu probable car d'unanimité dans l'éloge il s'agit, ce qui est tout sauf habituel. Il y en toujours un pour se démarquer en trouvant des défauts là où les autres n'ont vu que des qualités.

Le journaliste de presse « lisse » serait-il incapable de juger à froid les qualités intrinsèques d'un film dont le fond le choque ou le répugne ?
Je le crois sans peine.

De là me viennent les réflexions qui suivent :

  • Un mécanicien de Formule 1 est-il qualifié pour réparer un moteur d'Airbus ? Pourtant il s'agit toujours de mécanique !
  • La gagnante de la Star Academy est-elle en mesure d'assurer un intérim sur Carmen de Bizet à l'opéra ? Il s'agit de chanter non ?
  • Le gars qui remporte un marathon va-t-il nécessairement gagner sur 100 mètres ? Pourtant il n'est question que de courir...
  • Un spécialiste du heavy-metal va-t-il être mandaté pour rapporter une critique d'un concert de Franck Michael ? Non ? Pourtant il n'est question que de musique !
  • Un peintre en bâtiment est-il qualifié pour restaurer le plafond de la chapelle Sixtine ? Non ? Pourtant la peinture c'est son métier !
  • Un critique de ciné qui ne jure que par la nouvelle vââââââgue, Audiart, Chabrol, Malle ou Pialat, les films intimistes palestiniens et les études de mœurs dans les favelas, est-il qualifié pour apprécier un film dont la principale ambition est de choquer, surprendre et remuer un public inconditionnel déjà rompu à l'exercice ?

Ce qui me gonfle gentiment, c'est que la rédaction de Mad Movies ne s'essaie pas à la critique de tout et n'importe quoi, et laisse le soin à ses confrères de faire un papier sur « La graine et le mulet », « Le vent se lève » ou encore « Le goût de la papaye verte » et « Merci pour le chocolat »... Alors au nom de quoi des journaleux qui ne connaissent, par le menu, RIEN du cinéma horrifique passé et contemporain, s'autorisent à déblatérer leur émoi et leur indignation en prétendant appeler ça une critique ciné...
Personnellement, je déteste les films de type drame-social, où l'on me conte la misère bien réelle de personnes désœuvrées, dans une France grise et humide, où tout n'est que pleurs et abattement. C'est un choix. Mais du coup, je ne m'autorise en rien à formuler une critique dessus puisque je ne vais même pas les voir.
Ici, ces ânes vont contre leur nature voir un film qui ne leur est absolument pas destiné, en sortent furieux, et accouchent d'un avis inepte et non à-propos.

Magazine ELLE, non mais sans blague...
Et pour critiquer le prochain film de
Greg McLean, ils vont envoyer qui ? La Rédac'chef de Crochet Magazine, un chroniqueur de CuisineTV, et une journaliste de Jeune & Jolie ?

Au nom de quoi le critique de ciné est-il pluri-compétent et apte à rendre avis sur tout ce que la caméra peut cadrer ?
Il existe des festivals différents selon la nature du cinéma qui y est projeté, ce n'est sans doute pas par hasard ! Le cinéma de genre s'est depuis longtemps retranché sous l'étiquette d'Avoriaz anciennement, et de Gérardmer de nos jours, car ceux qui le font ont très bien compris que les connards suffisants tels que ceux cités ici, qui dictent aux foules ce qu'ils doivent aller voir, ne leurs feraient jamais l'obole d'une révérence. Alors pourquoi, putain de dieu, faut-il que ces médiocres viennent sur un terrain où on ne les a pas invité, pour pousser des cris d'orfraie, et geindre qu'ils ne vont pas au cinéma pour ça (sic) ; on s'en cogne de tes motivations Josiane ! Tu parles d'une critique constructive... (ça se sent que je suis agacé ?).

Pour conclure, je t'invite à te rendre sur le site suivant, qui résume assez bien la considération du cinéma de genre aujourd'hui en France, le mépris dont il fait l'objet, essentiellement à cause de la frilosité des producteurs, et le dédain immodéré que la presse « cahiers-du-cinéma » a à son encontre.
http://www.leclubduvendredi13.com/index.html


Folzebuth

PS : je n'ai pas encore vu « Martyrs », je me garderai donc bien d'en dire quoi que ce soit. En revanche, j'ai découvert il y a peu, l'électrochoc d'Alexandre Bustillo « A l'intérieur », que je recommande chaudement aux fans du genre. Âmes sensibles et femmes enceintes, s'abstenir absolument !

 

Publié dans Cinéma & critiques

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Marcel 13/09/2008 17:54

"il y a eu les Enfants du Rock"Malheureusement quand on voit ce que devient Manoeuvre tel que cité dans Télérama :"Venu essuyer les plâtres, l’enfant du rock – et de la télé – Philippe Manœuvre y fit cet aveu décoiffant : Koh Lanta est « la seule émission qui trouve grâce à mes yeux »." avoue qu'il y a de quoi être pessimiste.Quant à Dionnet qui était LE spécialiste du cinéma de genre, où est-il ? Que fait-il ?Pour la définition de l'art ou de l'artiste, je crois sincèrement qu'un artiste ne se préoccupe pas de plaire mais uniquement d'exprimer ce qu'il a en lui. S'il a de la chance il sera apprécié de son vivant, s'il en a moins sa gloire sera posthume.Ce qui ne veut pas dire que n'importe qui commettant une chose incompréhensible produise de l'art, ça peut être du cochon ! (humour de ma grand-mère).Une chose est sûre, au moins pour moi : l'art est quelque chose qui dérange, qui interpelle, en aucun cas il n'a pour vocation de plaire. S'il plaît c'est un bonus appréciable.Encore une fois, tout ce qui dérange n'est pas de l'art mais ce qui ne dérange personne ne peut en être.L'art ne sert pas à "faire joli" ni à apporter des réponses aux questions existentielles.L'une de ses plus importantes fonctions est de nous éduquer, ce qui signifie, étymologiquement, nous mener au-delà de nous-mêmes, en nous questionnant en nous obligeant à remettre en cause ce que nous pensions acquis.M'enfin... c'est un long débat, trop long et peut-être aussi trop ch..nt pour un blog.Pour finir, je suis content de savoir que tu ne pratiques pas la rétention de gaz à effet de serre, quant à moi je m'entraîne régulièrement sans espoir de décrocher le moindre diplôme. :D

Folzebuth 14/09/2008 09:57



C'est sur que Manoeuvre a dû dérouter significativement ses fans de la première heure en allant
afficher ses solaires sur le plateau de "Nouvelle Star"... héhé



Marcel 12/09/2008 19:49

Que ce soit un film, un livre, une musique ou quelque forme d'art que ce soit, il y a toujours deux types à distinguer : l'oeuvre et le produit.Dans le premier cas l'artiste exprime ce qu'il ressent, ce qu'il pense ou croit au plus profond de lui-même, sans se préoccuper de l'accueil du public.Si l'oeuvre trouve un public, tant mieux mais ce nest pas le but initial d'un artiste.Dans le second cas il s'agit seulement de fabriquer un truc formaté destiné à plaire à un public plus ou moins large, plus ou moins ciblé.On a le droit d'aimer l'un, l'autre ou les deux, en fonction de son humeur du moment.Les critiques ne doivent être prises en compte que si on s'est trouvé des affinités de goûts et d'opinions avec leurs auteurs, sinon c'est du masochisme.Personnellement je n'irais sûrement pas voir un film dont le seul argument est la terreur pure.J'ai pourtant vu et apprécié pour leurs qualités certains films dits "d'horreur" classiques (La nuit des morts-vivants, Le loup-garou de Londres...) sans pour autant aimer le "genre" qui offre bien autant de merdes que les films "tout public".J'ai parfois envie de films estampillés "intellos" (Le septième sceau, chef-d'oeuvre !) par des gens tout aussi stupides que ceux qui dénigrent le cinéma de genre et j'ai parfois envie de films style grosse déconnade (encore que le genre 7ème compagnie ou American pie me laisse froid, je préfère les Marx Brothers).Tout comme en littérature, la SF et le polar ont été longtemps considérés comme de la sous-littérature, les diverses formes d'art suscitent toujours une envie de catégoriser afin d'exclure, histoire de se simplifier la vie.Tout ce laïus pour dire que je partage en partie ton opinion sur les critiques "polyvalents". Personne ne les oblige à aller voir des films d'un genre auquel ils restent fermés. Mais personne n'oblige à lire leurs critiques.Le problème est l'exposition médiatique de ces critiques qui ne donne pas la même place à tous les genres. Il faudrait des émissions spécialisées dans les différents "genres" reconnus.Vu l'état actuel du PAF (pas seulement la télé, les radios aussi), c'est un joli rêve qui ne risque pas de se réaliser, le but des émissions de cinéma étant, comme tu l'as souligné, de fournir du public aux exploitants de salles plus que d'informer les spectateurs et les aider à former leur esprit critique.Alors, pète un coup et bois frais, ça soulage !Amicalement,Marcel.

Folzebuth 13/09/2008 09:57



La définitiond’artiste est sans doute une des choses les plus délicates à mettre à plat. Je vais dans ton sens
quand il s’agit de dire que la vocation d’un artiste n’est pas de plaire au plus grand nombre… mais que penser quand ce qu’il produit ne plaît qu’à lui ? Est-il toujours un artiste, genre
incompris « mon talent ne sera reconnu qu’à ma mort ? ». Si oui, tout le monde peut se qualifier d’artiste, indépendamment de tout critère technique, de maîtrise… Ardalia a fait un
billet sur ce sujet, appliqué à l’écriture, ici :


http://bulledepapier.typepad.com/weblog/2008/08/lart-pte-et-lvy.html


 


« Personnellement je n'irais sûrement pas voir un film dont le seul argument est la terreur
pure. » : Ah mais moi non plus. J’aime trop ce genre pour me laisser tenter par les bouses qui y fleurissent. Je privilégie soit la crème (Aja, Raimi, Jackson, Deodato, Romero dans ses
bons jours, McLean) ou les nanards qui sont hilarants contre leur gré.


 


« Personne ne les oblige à aller voir des films d'un genre auquel ils restent fermés. Mais personne
n'oblige à lire leurs critiques » : c’est précisemment le point qui me chiffonne. Je n’ai pas lu la critique moisie de ces 3 drilles, on me la jetée au museau alors que je pensais
regarder une émission sérieuse de chronique ciné avec des avis objectifs et réfléchi.


 


« Le problème est l'exposition médiatique de ces critiques qui ne donne pas la même place à tous les
genres. Il faudrait des émissions spécialisées dans les différents "genres" reconnus. » : il y a eu les Enfants du Rock… disparu et jamais revenu…


 


Pour ce qui est de péter et boire frais, don’t worry, j’ai un doctorat en la matière :o)


Bon WE



Nicolas 10/09/2008 20:27

Pour répondre à ta question, sur les 36 secondes que dure la vidéo, j'ai pu entendre, lors des 2 premières secondes : "kkjojcpziejhfizhoevuozeruvhzo" et ensuite, plus rien.A prpos des pop-corn, tu as raison : mieux vaut apporter un méga sandwich grec quand on va au ciné. C'est plus diététique que les pop-corn. Je crois.

Folzebuth 13/09/2008 19:47



Pour la vidéo, c'est chose réglée.


Pour le grec : miam.



Folzebuth 10/09/2008 13:43

Bordel, je viens de tester la vidéo et le son ne passe pas !!! Cela-a-t'il été le cas pour vous aussi ?

Nicolas 10/09/2008 00:43

Ils z'ont tous les droits parce qu'ils ont eu (enfin presque) leur putain de DEUG de cinéma (au bout de 4 ans) à Paris VIII !!!Voilà. Maintenant, tu sais ce qui les sépare du commun des mortels (genre nous) qui bouffe ses pop-corn devant le film que, eux, regardeent avec la posture du Penseur de Rodin.Faut tout t'expliquer...

Folzebuth 10/09/2008 13:39



Aaaahhhh OK... Donc avec mon DEUG de Bio, j'ai un poste qui m'attend au CNRS.


Ceci dit, je mets un bémol au portrait du groupe "commun des mortels", nonobstant le fait que je soit un des
membres actifs de ce groupe, car des pop-corn il n'est pas question me concernant quand je regarde un film.


Welcome back Nicolas.