Trash TV

Publié le par Folzebuth

Un voile terne de misère télévisuelle s’abat depuis quelques années maintenant sur la France.
Au commencement, la communauté journalistique s’accordait d’un seul et même diapason à parler de Trash TV, utilisant plus cette expression parce qu’étincelante dans sa nouveauté, percutante et « mode », que pour dissuader les foules de se repaître de cette fange. Sachant que les journalistes travaillent pour les chaînes qui diffusent les émissions dites de télé poubelle, on ne peut pas trop les blâmer.
Et plus les émissions fleurissaient sur les chaînes privées, plus les journalistes s’enthousiasmaient et nous rebattaient les oreilles avec des « Que faut-il en penser ? », à grands renforts de confrontations entre un public ivre de contentement, et 2 ou 3 malheureux sortis du dernier loft ou expulsés d’un château ou désemboîtées d’un bachelor.


Loft Story / Nice People
Apologie du néant. Une poignée d’adulescent - néo barbarisme très en vogue caractérisant les jeunes adultes tels qu’ils ont toujours été au cours de ces 30 dernières années, à savoir tournés nostalgiquement vers leur enfance pour mieux refuser d’affronter leurs responsabilités d’adultes – se désignent volontaire pour être enfermé dans un gigantesque peep show où la France entière mate. L’exhibitionnisme dans sa forme la plus frénétique, avec comme audience des millions de voyeurs, dont aucun n’a de longue vue à sa fenêtre pointée de l’autre côté de la rue car vous comprenez, ça ne se fait pas.
Vide. Creux.
On les regarde dormir, manger, se hurler dessus et se griffer l’humeur sur des sujets d’une futilité édifiante, se lécher le museau voire même s’accoupler et saloper ainsi le pH jusqu’alors neutre d’une piscine qui n’en demandait pas tant.
Manne financière hors du commun ; les chaînes de télévision ont vite compris qu’au-delà du simple interlude publicitaire au prix/minute flambé, l’interactivité avec le téléphone portable du veau devant son écran pouvait représenter une rentrée d’argent torrentielle, en partenariat avec les opérateurs mobiles. Les SMS ne furent ainsi plus réservés aux triviales communications quotidiennes sur une vulgaire baguette pas trop cuite à ramener, mais devinrent un moyen de sanctionner anonymement et à distance celui ou celle qui ne plaît pas – comprendre qu’on ne voit pas assez nu(e), refusant de coucher le 1er soir et parlant un français convenable.
Une fois éjecté de sa cage vitrée, le candidat à l’oubli se voit offrir quelques derniers instants de passage télévisuel, trônant au milieu d’un plateau télé parmi ses congénères eux aussi sortis prématurément, et face à un public qui peut désormais voir de plus près ceux qu’il a éliminés.


Bachelor
Les tribulations grotesques un play-boy fortuné dont la timidité maladive et la détresse intellectuelle l'ont privé d’une relation de couple durable, lâché au milieu d’un troupeau de jeunes femmes en âge de se reproduire et titulaires d’un compte épargne fébrile.
Dans ce programme financé par une chaîne de télévision dont la médiocrité n'est plus à démontrer, notre individu se retrouve allégoriquement parlant dans la situation du double cochon ;
1/ Entouré d'un harem de pin-up de petite vertu, il est sans le savoir objectivé par la chaîne qui l’emploie sur le nombre de string qu’il fera sauter. Si en tout homme un porcidé sommeille, le sien se réveille devant les caméras, et sans vergogne, va pétrir de la gourdasse en lumière tamisée avec micro HF à la ceinture.
2/ Ces demoiselles, pour qui le souhait de trouver l'âme sœur se voit anéanti par l'ambition qu'elles ont toutes de renflouer leur compte, voient en cet individu un cochon rose de porcelaine, avec une énorme fente le long de la moelle épinière, et s’évertuent à nous faire croire qu’elles vivent un conte de fée !!!
Ce spectacle d’un individu se rendant dans un demeure cossue pour y sélectionner une femme afin d’avoir des rapports intimes avec, cette dernière y trouvant un intérêt financier certain, n’est pas sans nous rappeler que si le proxénétisme et le racolage sont interdit en France, les chaînes privées ne semblent pas concernée par ce point législatif.

Une maison close où s'ébrouent de la volaille et un cochon, c’était si j’ose dire « la ferme » avant l’heure…

Ce qui me consterne le plus dans tout ceci, c’est de m’apercevoir que l’audience de ce type d’émission est essentiellement féminine ! Sous quel angle ces téléspectatrices abordent-elles un tel programme pour ne pas se rendre compte se son côté avilissant pour leur sexe ? Où sont le romantisme et le sensuel dans ce déballage vulgaire de faux sentiments et d’argent facile.
Sale temps pour les rêveurs… le prince charmant n’est plus en collant, monté sur un cheval avec une rose entre les dents, désormais il roule en voiture de luxe, il est monté comme un cheval, et distribue des roses à celles dont il souhaite péter le collant… sordide.


Kho Lantha
J’ai envie de dire l’émission la moins dégueulasse sur le lot de fiente que nous inflige Endemol et autres depuis une demie décennie, le concept proposant à une poignée d’anonymes de se crusoer l’existence pendant quelques semaines sur une île qui serait déserte sans eux, tout le staff technique de la réalisation & l’animateur. Epreuves de type parcours du combattant et ingestion de testicules de céphalopodes divers, voilà ce qui meublera le quotidien ensoleillé de nos 2 clans – oui car ils sont répartis en équipes rivales pour lesquelles la chaîne imaginera en permanence de quoi les faire s’affronter et alimenter une agressivité mutuelle que légitimise les estomac creux et les nuits de sommeils dans les fougères qui piquent.
Si tout n’est pas préscénarisé, ce que l’on est en droit de suspecter, alors le point fort de ce spectacle réside dans la grande révélation qu’il affiche sur les comportements humains en société, à savoir que c’est dans l’adversité que les attitudes authentiques se dévoilent, et on est pas déçu de constater que très vite certains meneurs débrouillards essaient d’améliorer leur quotidien et celui du reste de leur clan, alors que d’autres préfèrent l’oisiveté et profitent telle des sangsues de l’énergie de ceux qui ne laissent pas abattre, ce qui ne va pas sans créer quelques tensions jubilatoires pour le voyeur devant son petit écran, car je vous rappelle tout de même que l’audimat reste l’ultime sanctionneur.

La ferme Célébrités / 1ère compagnie
A hurler de rire. 1ère émission françaises à reprendre le concept du « reality show » avec, tenez vous bien, des célébrités… Oh douce contraction abdominale que celle provoquée par un rire de bon cœur face à cette dénomination de célébrité pour désigner les médiocres qui furent rémunérés pour s’afficher dans cette connerie télévisuelle. Encore mieux que d’assister à l’avilissement incongru d’illustres inconnus, c’est sur des mort-vivants télévisuel que le dévolu de la chaîne se vautre, des has-been malheureux à qui on a fait miroiter un retour sur le petit écran, individus choisis, sélectionnés spécifiquement par le programmateur sur le niveau de détresse de leur notoriété.
De l’animatrice télé des années 80 tombé dans l’oubli, à l’ancienne star de sport endettée, de la blonde ex portemanteau chez Arthur à la pimprenelle Miss France, un cortège entier de visages vaguement familier, tous plus pathétiques les uns que les autres avec les escarpins dans la glaise, sans oublier une ou deux sommités de la Jet Set parisienne.
Qu’est ce que c’est quoi la Jet Set me direz-vous… ? C’est un groupe socio ethnologique constitué d’individus légalement majeurs ayant une assise financière raisonnable, pour qui la nuit est un mode de vie fait de rassemblements entre gens de condition identique (impératif), ceci afin de célébrer leur inutilité dans le champagne et la poudre à récurer les sinus. Le Jet Setter est libertin, drogué, hystérique (forcément, mélange l’alcool et les médicaments, tu verras), fainéant, obsédé, condescendant et plus globalement con à manger de la colle.

Bref, c’est toujours de la télé diarrhée, mais avec des têtes que l’on connaît. Le principe nous vient directement d’outre-atlantique, bien entendu, car en matière d’émissions gastro-intestinales, ils ont 30 ans d’avance sur Le Lay et consort. « A simple life » fut un des déchets américains dont nous héritâmes, traitant des pérégrinations scénarisées de, tenez vous bien, deux merdeuses d’héritières confites dans l’argent à volonté qu’elles n’ont jamais gagné, sans la moindre trace d’éducation, vulgaires au possible et d’une bêtise congénitale à faire passer Tyson pour Nobel de physique quantique. Objectif avoué du show, souligner l’écart selon eux phénoménal existant entre les deux poneys* obscènes, hystériques et peroxydés, face à la simplicité (c’est indiqué dans le titre) existentielle des bouseux du centre des Etats-Unis.
* Poney car l’analogie est évidente : c’est facile de monter dessus, mais ça ne sert pas à grand-chose.

L’île de la tentation / Opération Séduction
J’irais très vite sur ce terrain-là, il rejoint le bachelor, mais pris par un autre bout si j’ose (à peine) m’exprimer ainsi. C’est l’été, on a des candidats sans pudeur mais livrés avec bronzage et débordant d’hormones, quelques caméras même pas planquées derrière des vitres sans tain, une île ou un bateau ou n’importe quel endroit où se faire foutre (puisque c’est un peu le sujet), et en avant pour quelques semaines de rêve ou le clampin humide de sueur dans son 3 pièces hexagonal écrasé par la canicule va mater des éphèbes en paréo se renifler mutuellement l’oignon et plus si affinité. Les candidats peuvent même venir en couple pour faussement jouer l’indignation lorsqu’il y a tromperie, trois larmiches versés devant un objectif avide, faux sentiments et authentiques scènes de pelotage, on nous prend vraiment pour des jambons...


C’est du propre / Super Nanny / Queer / Papa s’occupe de tout
Après l’apologie du rien, la glorification du voyeurisme érotique, voici l’exutoire individuel de la nullité. Je suis une merde, et je veux que ça se sache.
Ici, les caméras ne suivent pas nos rats de labo en permanence, mais ciblent plutôt des spécimens qui excellent dans le honteux, le lamentable, et encore et toujours le pathétique.

« C’est du propre » s’invite chez des porcs ignobles vivant dans un bourbier dégueulasse, où le linge s’entasse dans l’évier avec les restes de repas et les couches du dernier, fiers qu’ils sont de montrer leurs groins mal mouchés face caméra.

« Super Nanny » présente des incapables de l’autorité parentale, des parents renonciateurs face à des chiards, des petits connards de terroristes en herbe justement façonnés par l’absence de cadre. Et la se présente la marâtre réglementaire, habillée de façon caricaturalement anachronique, l’œil pèt’sec et la moue aigre de celle qui n’est pas là pour rigoler… nul.

« Queer » présente une poignée de jeune garçons gays gominés et glamour, trop top fashion tendance s’immisçant dans le quotidien moche et sans goût d’un quelconque en survêt’, le cheveux gras et la nuque longue. Bouh qu’il est vilain dans son appart’ moche et sans goût, avec ses placards moches remplis de frippes sans goût. Heureusement que nos 5 survoltés tendances arrivent pour relooker sa garde robe, rhabiller son clapier, et détapisser sa gueule. Qu’est-ce qu’on dit ?

« Papa s’occupe de tout », pour avoir lu le sujet dans un magazine télévisuel dernièrement, présente un gros con qui fait des gosses à sa femme pour ensuite se vautrer dans le « rien » à domicile, afin de mieux laisser cette pauvresse trimer toute sa vie entre le linge à repasser, les repas à préparer, l’aspirateur à passer, les gosses à récupérer, le pain à acheter et les larmes discrètes assise sur un angle de baignoire à verser. Et comme chacun des crétins précédemment cités, simplet est content que les caméras soient présentes pour que la France entière ait de la compassion pour sa femme, et du dégoût pour lui.

J’ai une idée de sujet pour M6 ou TF1 ; je l’appelle « Ca va faire mal », et les caméras suivraient un couple où le mari cogne sa femme, et un conseiller conjugal déguisé en Gérard Klein viendrait lui expliquer que, même si ça défoule et que ça plaît aux téléspectateurs, c’est mal et ça ne se fait pas trop.


Allez, le dernier genre et non le moindre …

A la recherche de la nouvelle Star / Pop Star / Attention Mesdames et Messieurs / Star Ac’
Alors ici, ben c’est le Loft en musique.
Suite à la mode des boy’s ou girl’s band des années 90, même le clampin moyen a fini par comprendre comment un artiste ou un groupe d’artistes voit le jour aujourd’hui en France. Et comme les chaînes ont compris que les téléspectateurs étaient avisés de leurs méthodes, ils décidèrent de les montrer au grand jour.
L’époque du moustachu au visage quelconque, avec une gratte sèche et un micro fil interprétant ses chansons est révolue, désormais le chanteur n’est que l’interprète gesticulant surentraîné de chansons calibrées écrites vite par d’autres, et dont les mouvements sont chorégraphiés et la voix sélectionnée. L’artiste ne se présente plus avec une maquette dans une maison de disque, c’est les chaînes de télé qui organisent des castings géants pour créer de toute pièce l’artiste. Les vautours de la profession qui entourent le nouveau né médiatique se repaissent de l’observation qu’ils font des mœurs, des modes, de ce qu’ils croient être les goûts de leurs contemporains, afin de dégueuler le tout sur celui qui s’apprête à quitter temporairement l’anonymat.
Le voyeurisme est toujours présent avec nos caméras infrarouges filmant machin qui se lève la nuit pour pisser et truc-müche qui change de côté de lit sous sa couette Mickey.
S’ajoute également la démolition au casting, fleuron de l’émission « A la recherche de la nouvelle Star », ou des candidats se font proprement déchirer par un jury de 4 enfoirés passés maître dans l’art de la répartie cinglante. La relation sado-masochiste entre le candidat et l’animateur initié dans l’émission le maillon faible, prends ici une dimension incompréhensible à mes yeux. Parce qu’il faut quand même se rendre compte d’une chose, nous n’en sommes pas à 1ère saison de cette merde…comment font-ils pour trouver autant de gens au talent si modeste disposés à venir se faire sacrifier sur l’autel de la moquerie la plus fondamentalement méchante ? Parce ce que c’est méchant ; une des définitions de méchant est, je le rappelle : qui se plaît à faire du mal, à nuire à autrui. Une deuxième définition dit : qui peut faire mal, causer des ennuis graves ; personnellement j’attends le jour ou un candidat éconduit comme une merde devant les caméras, et donc devant sa famille et ses proches qui lui ont conseillé de venir car « tu-chantes-aussi-bien-qu’eux-tu-sais », j’attends qu’il menace de se foutre en l’air sur le paillasson de FremantleMedia France.




Ce que je pense surtout, c’est que l’humanité n’est pas prête de changer. Il n’y a plus d’exécution publique de part chez nous… c’est une sortie ludique qui nous a été confisquée il y a pas mal de temps… alors pour observer autrui dans la panade, il nous reste soit la possibilité de ralentir en voiture à proximité d’un accident de la route, en espérant que la voiture soit sur le toit, ou bien regarder la télé pour voir des citoyens lambda se faire rhabiller, tancer, nominer, moquer, tromper avec du sable dans la raie, bref humilier… parce que ce qui rassure l’audi-mateur et rend l’émission dépendantogène, c’est de se dire « La vache, heureusement que ça ne m’arrive pas à moi ». De voir le malheur s’abattre sur la maison du voisin renvoie au quidam le fait que dans sa maison tout va bien.

Du moins c’est comme ça que je vois la chose…

Folzebuth 

Publié dans Constat dépité

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Le G 03/07/2006 15:12

Encore une fois, j'approuve à 200%...Et là, tu touches un point sensible chez moi : les hordes de blaireaux qui s'arrêtent en voiture devant un accident pour "VOIR". Put... rien que d'y penser, ça me fout les poils au garde-à-vous !!Vous pouvez être sûr que s'il y a un bouchon sur l'autoroute, c'est qu'il y a un accident.....sur l'autre voie ! Affligeant.....Quant à la télé que tu dépeins, je n'en connais pas le quart tellement c'est lamentable. J'ai autre chose à faire que de rendre mon cerveau disponible pour gober la publicité qui ponctue ce genre de daube.Faites cette expérience unique dans votr evie : éteignez la télé pendant une semaine entière, et faites autre chose (quoi que ce soit). Vous allez revivre !!D'ailleurs, Folzebuth, tu ne voudrais pas dire 3 mots sur "l'information" à la télé ?;-)

fabulous yule 18/03/2006 20:53

Putain Gégé, j'en ai mal au ventre tellement j'ai ri. t'écris vraiment super bien. continue, par pitié, c'est bon vas y !cordialement.ton roa